Coup de cœur

1886 – L’AFFAIRE JULES WATRIN
Pascal DESSAINT
paru aux éditions Rivages

Pascal DESSAINT, dunkerquois d’origine, toulousain d’adoption, historien de formation et
ornithologiste passionné, auteur de romans noirs et sociaux, poursuit son œuvre vaillamment et
brillamment.
Une trentaine de livres – romans, essais, prose poétique- tous traversés par le souci de l’humain et de
la nature, du social et de l’environnement, tous salués par la critique et plébiscités par les lecteurs
pour leur pertinence, leur justesse et une écriture exaltante ajustée au cordeau aux sujets traités !
Une grève, un meurtre, la reprise du travail, un procès, voilà le fond d’une histoire à raconter, une
histoire mille fois répétée dans l’HISTOIRE, une histoire mille fois fustigée dans la littérature.
La grève des 108 jours de Decazeville en 1886, 1 an après Germinal…. « La faute à Zola ? »
Ne l’entendons-nous pas en effet gronder derrière les lignes de Pascal Dessaint, mais aussi Victor
Hugo, Antonio Gramsci, Gérard Mordillat…et tant d’autres ?
1886 L’affaire Jules Watrin, Voilà un livre qui s’inscrit dans une lignée d’auteurs illustres et militants
qui ont compté dans la vie sociale et politique de nos sociétés occidentales, un livre dont la parole
n’a rien à envier à tous ceux qui l’ont donnée et la donne encore aux exploités du capitalisme et du
Pouvoir financier qu’il engendre ; ils sont l’immense majorité de l’humanité…ça fait du monde !…
Presque comme une suite de son précédent et truculant roman paru chez Rivages, Un colosse –
l’histoire d’un homme « du peuple » qui se construit sa petite réputation sociale dans les fracas de la
révolution industrielle du XIXème siècle – auquel il fait lui-même un petit clin d’œil en page 82 de
1886, Pascal Dessaint braque son inflexible capteur d’images dont il a changé la focale, sur les deux
faces de l’Histoire vécue par des femmes et des hommes, et leurs enfants !
Parlant des mineurs de Decazeville lors de cette grève de 1886, 108 jours d’une misère grave et d’un
déferlement de haine, Pascal DESSAINT écrit sur cette même page 82 : « De la colère certes. Mais ils
ne veulent plus de violence. Ils veulent seulement que la compagnie les traite dignement. C’est
beaucoup demander. »
Les fondements impitoyables et les moteurs incontrôlables de l’Histoire des mouvements sociaux,
que Pascal DESSAINT retrace et analyse ici avec maestria, pourraient se résumer dans ce magnifique
passage tout d’une rationnelle lucidité dramatique. Quelques lignes qui portent les lumineuses et
implacables 255 pages d’un réquisitoire taillé comme un diamant littéraire, contre les conséquences
humaines du capitalisme (définition : produire des dividendes aux détenteurs du capital ), dont les
historiens situent l’origine dès le moyen-âge mais qui pend son abject envol au XIXème siècle.
Pourtant, de la violence il y en aura. Beaucoup. Trop… ? Un meurtre, un assassinant prémédité ? Un
patron est violemment agressé, défenestré, battu à mort par une foule de miséreux exaspérés par les
humiliations et les conditions de vie infâmantes dont ils le rendent responsable.

Jour par jour, heure par heure, minute par minute, des mois ou des jours qui précèdent jusqu’au
procès qui s’en suit, Pascal DESSAINT raconte, décrit, déchiffre, analyse ces journées, par un focus ou
par un plan élargi, par des reprises de témoignages ou d’extraits de journaux et des minutes du
procès
( produits d’un immense et minutieux travail de documentation), mais aussi dans un style haletant
qui trouve sa force tant dans la rationalité des faits que dans cette vérité profondément humaine
qu’il insuffle chez ses personnages de chair, de sang et d’émotions qu’il n’a pas inventés, qui ont
existé et vécu ce drame.
Ces évènements, leurs multiples interprétations qui ont marqué les esprits et les réactions diverses
qu’ils ont provoquées, ont effectivement autant littéralement défrayé la chronique que bousculé le
Pouvoir…sans aucunement perturber ceux qui tiennent et tirent les ficelles de la production du
charbon….et des dividendes ! « Reprends ton travail. Sois sage. ».
Les avocats des ouvrières et ouvriers, futur président de la République pour l’un d’entre eux, les
députés républicains dont d’anciens ouvriers ou mineurs, les principaux délégués des mineurs
chargés de les représenter devant la Compagnie des Houillères & Fonderies de l’ Aveyron, tous plus
convaincus, engagés et brillants orateurs les uns que les autres – Pascal DESSAINT en fait une
vibrante et savoureuse description, reprenant les passages les plus remarquables de leurs
interventions – ont su mettre en évidence, et l’ont clamé haut et fort, que ce n’est pas la violence des
accusés qui devrait être jugée, mais bien les positions politiques soutenant la gestion capitaliste des
entreprises qui de fait, en font des victimes !
« Apologie du socialisme ? » À la fin du XIXème siècle, c’était là en effet que le combat de ces
ouvriers pour leur dignité, menait tous ceux qui oeuvraient pour une « Démocratie républicaine »
dont le journal « Le cri du peuple » en particulier et parmi d’autres, s’est fait le héraut.
Pascal DESSAINT ouvre et termine son roman en relatant l’affaire d’un Directeur des Ressources
Humaines à la chemise arrachée et de son collègue adjoint de direction, échappant tous deux à la
vindicte d’un groupe d’ouvriers exaspérés par la « gouvernance » de leur entreprise… Évènement
ayant eu lieu en 2015, et dont le Pouvoir et la presse libérale ont fait leurs choux gras.
À part les mots, n’y aurait-il rien de changé !?
« Vive la Sociale ! »

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