Rappel et compléments bibliographiques : LIVRESSE en Périphérie du 35ème Marché de la Poésie

Mardi 23 mai 2017
de 18h à 20h
« En langue d’Oc »
Périphérie du 35ème Marché de la Poésie
en présence de son Délégué Général
Vincent Giméno-Pons


Avec le libraire Michel Loyez, qui accueille la manifestation à Livresse, et la participation du poète et rédacteur en chef de la revue OC, Frédéric Fijac, c’est le poète congolais Gabriel Mwènè Okoundji  « ambassadeur » en Lot-et-Garonne du 35ème Marché de la Poésie  qui accompagnera cet événement poétique de langue d’oc.
Gabriel Mwènè Okoundji a souhaité d’emblée placer cette soirée  sous le signe d’une périphérie culturelle et linguistique plurielle comme centre d’une création à la fois originelle et novatrice.

 

Gabriel Mwènè Okoundji, né au Congo Brazzaville, est aujourd’hui une figure majeure de la nouvelle génération des poètes africains. Sa poésie prend racine pour l’essentiel dans la cosmogonie de sa terre natale

Grand prix littéraire d’Afrique noire 2010 , Prix International de Poésie Benjamin Fondane, 2016, « passeur » de la langue et de l’univers des Tégués du Congo.

Parmi ses nombreux ouvrages : Prière aux ancêtres (Texte bilingue français/occitan) éditions fédérop 2008, Comme une soif d’être homme, encore, éditions fédérop 2015 et Ne rien perdre, ne rien oublier, éditions fédérop 2017

 

« Les premiers à m’avoir accepté furent les écrivains occitans », écrit Gabriel Mwènè Okoundji.
Et encore : « Les Occitans me lisent, ma poésie leur est accessible et ils l’apprécient parce que j’ai en commun avec eux une sensibilité à la parole souveraine ».

Ce sera donc l’occasion pour lui de nous faire entendre à Livresse la parole de ces poètes de langue d’oc qui ont été à son écoute, et à la voix desquels il a lui-même été sensible au point de confier à plusieurs d’entre eux la traduction de ses propres poèmes.

 Vous écouterez successivement les voix occitanes ,
mais aussi une voix d’Amérique du Sud,
et leur traduction,
des poètes amis de Gabriel Okoundji :

   Sèrgi Javaloyès

Écrivain béarnais né à Oran, dont Okoundji rappelle qu’il « continue de traduire (ses) textes dans la revue « Reclams », Sergi Javaloyès nous proposera  avec Sorrom Borrom ou le Rêve du Gave (geste poétique en 7 chants, éditions Reclams, 2010), une superbe évocation des montagnes, des cascades, des cités et aussi des grandes figures des Pyrénées béarnaises, que le Gave « suscite », dans son périple d’eau et de lumière jusqu’à la confluence et à l’Océan.

   Jaumes Privat

Poète et plasticien rouergat, ramasseur et assembleur de matériaux divers, Jaumes Privat est un « passeur » lui aussi à sa manière : des voyages en Éthiopie et un séjour de plusieurs années en Grèce renouvellent en effet chez lui une démarche, singulière, déployée en mots, en bois, en peinture, en photos…entre autres moyens d’exploration dont les murs et les plafonds de la librairie Livresse devraient donner une idée.

 Felip Angelau

À partir de Boulogne-Billancourt et d’un Périgord d’enfance, Felip Angelau nous conduira avec Lo somi d’Apamèia / Le rêve d’Apamée ( ouvrage publié en 2014 et illustré par Jaumes Privat ) sur les multiples chemins du monde : du proche Aragon à la Turquie, à la Tunisie, à l’Egypte, à la Jordanie…Alors même que l’errance du poète croise les errances de tous les  enfants des guerres partout et toujours (« cette même terreur », « avant que le flot soudain grossi/ N’emporte tout, d’un coup. ») comme en témoigne son dernier recueil Guerrejatges réalisé lui aussi par Jaumes Privat, en 2016.

    Joan-Pèire Tardiu

Poète de langue d’oc originaire du Haut-Agenais, Joan-Pèire Tardiu a été selon Gabriel Okoundji lui-même, le « révélateur » de son œuvre, non seulement avec les premières publications des textes du poète congolais dans la revue OC, mais aussi à travers la traduction occitane de certains de ses ouvrages, sans oublier la rédaction des préfaces à deux d’entre eux. Tardiu  a donné à partir de 1972 plusieurs recueils de poèmes en langue d’oc, en particulier, aux éditions Jorn, La mar quand ies pas / Absence de la mer et Las quatre rotas / Les quatre routes, paru chez Fédérop en 2009.

   Leandro Calle

Poète et traducteur  vivant à Córdoba (Argentine) où il enseigne la Littérature Latino-Américaine et l’Esthétique, Léandro Calle n’est évidemment pas de langue occitane, sa contribution à l’événement poétique pluriel de la soirée – à son « esprit »- s’avère en fait essentielle. Tout d’abord parce qu’il est lui aussi l’un des « révélateurs » et « passeurs »  de l’oeuvre de Gabriel Okoundji en espagnol. Ensuite parce que sa création poétique, après l’Afrique du poète congolais et les résonances occitanes de la majorité des œuvres présentées dans cette manifestation, nous conduira dans l’univers d’un autre continent, l’Amérique du Sud. Parmi ses ouvrages : Une lumière venue du fleuve et autres poèmes. (Éditions Atopia).

La librairie Livresse est honorée d’être partenaire du 35ème Marché de la Poésie pour cette manifestation de la « Périphérie » en Lot-et-Garonne, et a le plaisir d’être soutenue et accompagnée pour cette soirée par les éditions fédérop ainsi que par le poète Frédéric Fijac :

Les éditions fédérop, dirigées par Bernadette Paringaux, ont toujours eu à cœur de défendre l’expression des cultures minorisées à côté de grands auteurs français et étrangers (dont l’Espagnol Vicente Aleixandre, prix Nobel 1977 ). La langue et la culture occitanes sont présentes à fédérop à travers deux collections importantes : « Paul Froment » et « Troubadours ». Fédérop est par ailleurs l’éditeur des ouvrages majeurs de Gabriel Mwènè Okoundji.

Frédéric Fijac, rédacteur en chef de la revue ÒC, est un poète dont l’oeuvre replonge dans la géophonie de son enfance. Il a publié en particulier  deux recueils : « La fabrica de petaç » et « A quicòm pròche » (Editions Jorn) dans lesquels la langue occitane cherche à résonner avec le sensible.

Une périphérie qui nous placera donc à Livresse
au coeur du plaisir des mots et des émotions,
et de la liberté de les dire

Pour découvrir le Marché de la Poésie de la Place St-Sulpice à Paris,  ou en savoir plus sur sa dimension nationale, recopier le lien suivant :
www.marche-poesie.com

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Pour mieux connaître encore les poètes présents à cette belle soirée poétique, ci-dessous quelques analyses critiques, ou extraits, concernant chacun d’eux :

Gabriel Mwènè Okoundji

Gabriel Mwènè Okoundji est né à Okondo-Ewo, au Congo, le 9 avril 1962.
Il étudie au collège et au Lycée à Brazzaville, arrive à Bordeaux le 15 septembre 1983, grâce à une bourse de l’Etat congolais, pour y effectuer des études supérieures. Il exerce dans cette ville, depuis de nombreuses années, la profession de psychologue clinicien en hôpital. Il a été depuis 1997 et jusqu’en 2013, chargé d’enseignement à l’université de Bordeaux et à l’université Michel de Montaigne. Depuis 2012, outre ses fonctions de psychologue clinicien, il occupe, sur décision du Directeur de l’établissement, celles de Délégué à la culture au sein de l’hôpital Charles Perrens.

Unanimement reconnu comme une figure majeure de la poésie africaine de langue française, Gabriel Mwènè Okoundji a reçu le Prix de Poésie contemporaine PoésYvelines 2008, pour Prière aux Ancêtres, le Prix Coup de Cœur 2008 de l’Académie Charles-Cros pour Souffle de l’Horizon Tégué, Destinée d’une parole humaine, et le Prix Pey de Garros, 1996 pour Cycle d’un ciel bleu.

L’ensemble de son œuvre a été couronnée par : Le Grand Prix des Arts et des Lettres de la Présidence de la République du Congo en 2015, le Prix Mokanda en 2014, le Prix Léopold Sédar Senghor du Cénacle Européen Francophone en 2014, le Prix spécial Poésie de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux en 2011, et le Grand prix littéraire d’Afrique noire, en 2010.

Aux éditions fédérop:

« Vent fou me frappe », 2003 & 2010
« Au matin de la parole », 2009
« Prière aux ancêtres », 2008
« Chants de la graine semée », 2014
« Comme une soif d’être homme, encore. », 2015
« Ne rien perdre, ne rien oublier », 2017

« Je médite, solitaire, au sein de ma parole et je suis comme un homme qui regarde aller et revenir les nuages. Je marche au bord de l’eau, et m’assieds sur le sable. Je regarde dans la lumière monter la poussière qui couvre la terre. Je voudrais pouvoir voler à la manière des oiseaux dans le ciel infini. Je suis comme un homme qui apporte une offrande à la lune et qui attend une grâce de récompense. Je regarde encore tout autour de moi. Le vent soupire à même le sol sur le ruisseau qui coule paisiblement, sans crainte et sans bruit. »
Au matin de la parole, Fédérop, 2009

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PRIÈRE AUX ANCÊTRES, RECUEIL DE POESIE DE GABRIEL MWÈNÈ OKOUNDJI

Sous le titre de Prière aux Ancêtres, Gabriel Mwènè Okoundji propose plusieurs recueils de poésie sur des thématiques assez liées mais écrites à des périodes et parfois en des lieux différents. Le poète y délivre des textes où, avec maestria, il se joue de la langue française pour exprimer à la fois la spiritualité des terres de l’Alima mais également faire ressentir l’atmosphère de l’arrière-pays congolais, de la forêt, de ses bruits, de sa faune… Le lecteur est comme téléporté dans cet univers si lointain mais que par la force des mots, Gabriel Okoundji finit par matérialiser. C’est aussi une philosophie de vie qu’il transmet en captant cette oralité millénaire que véhicule la langue tègè et que ses vers magnifient.

« Elles sont venues de Baya, de Yaba, de Dzouama, d’Ayandza, de Tsongo
Ces pleureuses aux mille pas qui offrent des larmes à toute la terre de Mpana
dans l’espoir qu’un jour la voix réunie du nombre de leurs enfants ensevelis
revienne visiter tous ceux du village Okondo qui les ont parfaitement aimés
La pluie viendra, elle tombera sur nos plaies et inondera la prière de nos pleurs
la lune dans le ciel dansera en notre nom, dans la houle d’une espérance éphémère
nos coeurs en haillons parmi les coeurs égarés danseront dans le feu de la vie
nos coeurs danseront dans la fougue de la tristesse sur les chemins de la douleur »
Recueil de poèmes Prière aux ancêtres, page 43, édition fédorop

En marchant dans les bois de Montserrat, quelque part au Portugal, il communie avec le lieu qu’il n’a pas de mal à connecter une terre ancienne qu’il n’a pas foulé depuis longtemps… La poésie de Gabriel Okoundji porte une forme de déchirement liée à l’éloignement, à une forme d’exil qui ne dit pas son nom.

– Audace!

ce qui gronde au fond de mon âme
n’est pas le tumulte de mon sang
en moi la sève de l’exil a banni
dans son flot
la beauté des mots de la quiétude

– Mauvais arbre

aux ramures couleur de mon sang
sur une terre poseuse d’énigmes

mauvaise plante
mauvais gri-gri
totem poreux de la forêt équatoriale
te voilà seul
sans sel dans l’inertie de ta sève
fine souche d’une forêt qui déteint aux couleurs
de la savane boisée d’errance
eau de source surgie d’un lit improbable
d’une rivière d’eau douce impropre
aux rives infortunées
Recueil de poèmes Gnia, page 59, éditions fédérop

Enfin, il y a cette interaction avec les morts, ceux qui ont disparu, les ancêtres. Certains poèmes sont incantatoires de ce point de vue. D’une certaine manière, le poète exprime haut et de manière intelligible tout un système de croyances que les écrivains ont du mal à rendre à l’écrit. La terre. Les morts. La nature. Il y a beaucoup à dire.

Je terminerai sur le point suivant, qui est un motif de fierté pour ce poète : chaque poème écrit en français est traduit en occitan. Ce qui est une première expérience de traduction d’un poète africain par Joan-Pèire Tardiu qui est intéressante pour moi qui n’avait jamais sous les yeux un texte de cette langue méridionale. A cela, il faut ajouter quelques mots en tègè et la rencontre est totale.

Bonne lecture !

Lareus Gangoueus

Source : http://terangaweb.com/priere-aux-ancetres/

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« Poésie et vous » :

COMME UNE SOIF D’ÊTRE HOMME, ENCORE. (Anthologie)

Gabriel Mwènè OKOUNDJI

Bien sûr, le parcours que les lecteurs vont découvrir dans ce livre est un parcours éminemment poétique, un parcours en poésie à la mesure de toute une vie. Cependant Gabriel Mwènè Okoundji le rappelle tout au long de son œuvre : il est un passeur et il est un « porteur de souffle ». Il porte une parole souveraine, une parole ancrée dans l’oralité, et par la même paradoxalement, une parole   d’univers.

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Gabriel Okoundji, poète des deux fleuves (La Cheminante)
Jacques Chevrier :

Grand amoureux de l’Afrique, Jacques Chevrier en cueille l’excellence littéraire. Il met ici en lumière le grand poète bordelais né au Congo-Brazzaville : Gabriel Okundji, collectant les grands thèmes de sa poésie, traversés d’une oralité transmise de ces ancêtres. Il fait de lui un « mwéné », porte-voix de naissance de la vie. Jacques Chevrier livre la clé des champs sémantiques et affectifs d’une des plus belles œuvres poétiques contemporaines, celle de Gabriel Okundji poète des fleuves Congo et Garonne, inspiré de la parole ancestrale et éminemment impliqué dans le monde contemporain.

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Carnets de Poésie de Guess Who :

Gabriel Mwènè Okoundji – L’âme blessée d’un éléphant noir (Extrait)

Il pleut.

Le ciel s’affirme dans l’éloge de la bassesse jusqu’au bout de l’ignorance

les Dieux blessent les nuages à coup de fourches. Ils ont raison.

–          les anges ne sont pas moins traîtres hélas –

la pluie tombe dans a sa part de bonheur dans l’a gloire d’être au monde

le soleil est en fuite et le guetteur des cieux déchoque

la pénombre devenue

message de la douleur

superbe énigme qui engage l’homme à se préserver ou à préserver

–          la gloire de l’innocence –

au bout de l’inconnu de la vie

la lune est présente. Elle sème un éclat de lune dans le lait des éclairs

la foudre est témoin. Elle se réchauffe feu par feu dans le lit du tourbillon

Gabriel Mwènè Okoundji – Parcours

Tu n’as qu’une histoire.

Ton histoire incommensurable.

Elle s’étend à perte d’étonnement
sans perfection
dans les couloirs de la passion.

Ton histoire est précieuse.

Moi, j’exige de toi
un silence.
Pas de ce silence des états communs
aux aguet du moindre muirmure.

j’exige de toi

le silence d’un marigot
ou d’un lac
ou d’une larme.

Pas de ce silence fugitif
qui oxyde les pactes
à même les langues de l’idiome.

J’aimerais te conduire

à petits pas de blessé
dans la voix du silence
jusqu’au secret du silex.

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Et pour entendre Gabriel Mwènè Okoundji et son soufle poétique :

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http://www.aqui.fr/aquipresse/cultures/entre-les-lignes-sorrom-borrom-ou-le-reve-du-gave-de-sergi-javaloyes,7809.html

Sèrgi Javaloyès
Entre les Lignes: « Sorrom Borrom » ou « Le Rêve du Gave »

« Sorrom Borrom », une onomatopée qui fait penser au bruit d’un éboulement, d’un chaos rocheux », un accent, une langue, nés du mariage des montagnes et des sources, un vent de liberté qui souffle sur les terres millénaires cernées de pics invisibles et perdus vers le ciel. « Sorrom Borrom » est aussi le titre que Sèrgi Javaloyès a donné à son poème épique sur le Gave de Pau. Il chante l’aventure suivie et engendrée par les eaux qui roulent, entremêlant les destins des hommes et des paysages constamment réécrits par le temps. « Sorrom Borrom » c’est aussi la passerelle entre les mondes, le miroir identitaire de deux langues mêlées, français et occitan, occitan et français, universelle musique. Mais, chut, écoutez le chant du Gave qui gronde et qui appelle…

« Prisonnière entre terre et roches
Empresoada enter tasca e arròca
l’eau envoyée par le ciel cherchait
l’aiga peu cèu enviada que delevara
l’ampleur des souffles,
l’amplor deu aires,
les cillements des astres.
e las perperejadas deus lugrans.
A tâtons, elle cherchait un passage
Quandes còps a paupas e’s cerquè un camin,
jusqu’au Cirque,
dinc a que l’Ola,
la grande dame de Gavarnie
la dauna grana de Gavarnia
lui montrant l’issue, la source,
e l’amuishè l’uelh,
dont elle ferait son offrande au monde.
dont haré lo son present au monde »

Sèrgi Javaloyès est poète. Il entend le monde et ses secrets, sait lire l’invisible, connaît les passages où s’engendrent les images et les rêves. D’un livre aux pages blanches naissent de vastes univers, où se mettent en scène, tout  en ombre et lumière, les tragédies divines de la naissance des sources, les sortilèges des mouvants paysages, les rides de la terre, les éclats de ciel. Suivant le Gave de Pau sur son parcours de chaos et de brumes, il rend compte aussi du chant des hommes et des vallées. C’est bien connu, ce qui compte c’est le chemin et ce qu’il construit, à chaque pas ou roulement d’écume. Tout est partie d’un tout. Rien n’est fortuit. Les langues qui se répondent et parfois s’entrechoquent, à l’image du caractère des hommes ; l’eau, la terre, le ciel, le vent, les villages, les visages, les regards, les colères et les espoirs.

La poésie est une langue que notre monde moderne refuse d’entendre, c’est bien dommage.Mais, heureusement, grâce au poète, insatiable combattant des libertés rebelles,  le Rêve du Gave est une réalité, et son chant magicien réimprime en nos cœurs la vérité du monde, sincère et nue, comme l’eau jaillie de la prime source.

« Sorrom Borrom » ou « Le Rêve du Gave », Sèrgi Javaloyès. Reclams éditions. Collection Tintas n°4.

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http://www.editions-jorn.com/livre-talhs-privat.htm

Jaumes Privat : Talhs

  1. Poèmes occitans. Sans traduction française

Talhs, de Jaumes Privat Depuis Lescure-Jaoul, en Rouergue, Jaumes Privat pose régulièrement les jalons d’une écriture exigeante et novatrice. Cette œuvre, née en parallèle avec une recherche de peintre et de plasticien probablement plus connue, est écrite en occitan.

On n’avait guère accès, jusqu’à aujourd’hui, à l’écriture poétique de Jaumes Privat : dispersée dans diverses revues, ou parcimonieusement livrée dans de beaux livres artisanaux réalisés à quelques exemplaires seulement, elle restait très confidentielle malgré son importance reconnue.

Avec Talhs, il devient enfin possible de mesurer la place tout à fait originale occupée par Privat dans l’écriture occitane et, plus largement, dans la poésie contemporaine. Ses compositions, de facture variée, nous ouvrent, à la confluence de la voix proférée dans le plus absolu silence et de la ligne rigoureusement tracée sur le papier, le chemin d’un itinéraire fort et dépaysant. Talhs, à la fois blessures, entailles et partage des mondes, se goûte et se médite comme une première somme d’expériences : la voix y devient voie, et les mots y revêtent de leur disposition dans l’espace des reflets et des échos nouveaux. Sons, signes et sens.

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Felip Angelau, ‘Quo sentia a cèl / ça sentait le ciel, éd. OC/Passatges

Cela pourrait être un paysage du Périgord au bout de l’automne et des grandes pluies. Rien d’autre. Mais les yeux sont ceux de quelqu’un qui est né à Boulogne-Billancourt. Alors les frênes et les ronces se mêlent sans cesse aux insurrections. Dans le vent des forêts, des friches, des hautes terres, c’est le cœur mordu d’un poète-sanglier que l’on entend. Et la langue-mélancolie, murmurée par bribes tout au long de l’enfance septentrionale, se mue ici en un long cri à la fois déconcerté et terriblement puissant qui monte vers le ciel fermé.

Joan-Pèire Tardiu
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Joan-Pèire Tardiu

La Mar quand i es pas / Absence de la mer
de Joan-Pèire Tardiu, éditions Jorn – Traduit de l’occitan par Denis Montebello
(article paru dans le numéro 22 du Matricule des Anges, janvier-MARS 1998,
par Dominique Aussenac

De son bord de monde, « le bord est le seul lieu » Joan-Pèire Tardiu peint des poèmes-paysages crépusculaires, balayés par les éléments, érodés par le temps, figés par l’hiver.
De la brume, émerge un causse récurrent, nef des fous, arche de Noé; haut lieu minéral, ponctué de murets effondrés, là, règne « le silence où s’attise la perte ».
Si le vent, très présent, hystérise les sensations, « le vent prolonge l’âme », l’eau est l’élément primordial.
L’eau s’infiltre, dégouline, hâche le réel, sans jamais parvenir au fleuve qui efface, noie la mémoire. Eau qui paradoxalement entre en résonnance avec les termes; manque, perte ou abandon et renvoie à un au-delà. Au-delà de l’eau, plutôt au-delà des larmes, c’est lorsque âme et corps délavés de chagrin entrent dans cet état extatique, que l’on pourrait nommer sérénité du désespoir, qui privilégie l’immédiateté, « se vautrer dans l’instant gorgé d’eau » et la voyance. Il n’est point ici question de nostalgie ou de mélancolie, mais d’angoisse à être au monde, exilé intérieurement.
Angoisse qui sourd depuis les origines et amène le poète trop lourd de verbe, de sens, d’images au dépouillement incisif illustré parfaitement par ce tissage de mots et de silence qu’est Absence de la mer, recueil bilingue occitan/français de quatre textes en vers libres. « Je ne sais si je peux me connaître autrement que détruit comme mur de maison au crépuscule. »
Né en 1954 dans le Lot-et-Garonne, Joan-Pèire Tardiu, professeur de français publie en occitan depuis 1972, collabore aux revues L’Ether Vague et OC, a traduit les poètes et romanciers italiens Leopardi, Quevedo, Federigo Tozzi.

 Les Quatre Routes – [Las quatre rotas] aux éditions Fédérop
Poèmes traduits de l’occitan par Denis Montebello

Calciné, broyé, lavé…
Nous avons beau être accoutumés à l’expression de Tardiu, à sa manière de plus en plus minérale de rendre compte du sentiment lorsqu’il s’aventure (et son lecteur avec lui) sur les sentes du sens, nous avons beau savoir la scrupulosité de sa langue de création, l’occitan, et son somptueux dénuement… Ce recueil est un choc. Plus de trente ans de création, depuis ses poèmes d’adolescent (Paraulas als quatre vents, en 1972), plus de trente ans de lecture patiente et attentive des plus grands maîtres, de fréquentation de leur présence réelle (celle des livres) ou anecdotique (celle des êtres) Delpastre, Delavouet, Rouquette, les Catalans… le deuil du maître, Manciet, et l’obligation d’assumer la direction du légendaire Oc… l’ont amené à dépouiller son style en offrant ses mots. Ici, c’est presque une œuvre alchimique, la parole est calcinée, broyée, lavée ! Ce recueil-carrefour, Las quatre rotas, rassemble une grosse poignée de poèmes ciselés. Là, sa phrase se fait lacunaire, son expression laisse au lecteur le temps de se poser, de « voir » l’évocation, dans le rythme un peu lancinant, voisin du souffle de l’homme qui court, proche de la pulsation du sang : nous, c’est justement au coeur que nous recevons une parole de vivant, servie par la traduction de Montebello, proche de l’original.

E culissián l’arma
Un flamb totjorn luènh
Amb aquels jorns
De tèrra trisa

[Ils cueillaient l’âme
Un éclat toujours lointain
En ces jours de terre meuble]

Guilhem Joanjòrdi

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 Frederic FIJAC

Administrativement né à Paris, voit le jour à Bardille, sur le Causse de Daglan.
« Le monde entier, de Montfaucon à Castelnau » coule sous sa fenêtre.
Il recouvre l’occitan entre Toulouse et Montauban. Amours, lectures, rencontres : l’univers se dilate et la langue se cherche.
Instituteur, il entame sa carrière en classe unique, à l’école de Bufavent… C’est là, en Agenais, qu’il replonge dans la géophonie de son enfance.

Après avoir couru les traverses, l’écriture se risque au grand jour des revues littéraires occitanes. Le premier recueil, « La fabrica de petaç », paraît en 2008. Lectures et festivals permettent alors à la voix de se livrer en public.
En 2012, il accepte de prendre la suite de Jean-Pierre Tardif à la rédaction de la revue ÒC
A l’été 2015, les éditions Jorn publient « A quicòm pròche ».

Maître en section occitane depuis plus de vingt ans, il explore avec ses élèves bilingues ces lisières où s’entremêlent écriture poétique et création plastique. Certains projets plus accomplis sont accueillis par des revues (« Zodiac d’òc » – les cahiers Max Rouquette n° 7 – 2013) ou des sites, dans le cadre d’expositions virtuelles (L’oiseau de feu du Garlaban, du poète Jean-Luc Pouliquen – avril/mai 2012 et septembre 2013).

À peu de chose près

Ecrire, oui, afin de façonner le silence du monde. Mais sans oublier qu’il nous faut faire à moitié avec le sensible.
Voilà peut-être où se tient la légitimité de l’image : dans cet être-là qu’on cherche à ébruiter. Et le « poème » ne serait rien de plus que cette tentative de se mesurer à tout ce que nous objecte le monde dans son élan. Sans être bien sûr qu’il y ait quelque chose à entendre, une façon d’aventurer le langage. De l’aventurer dans le flux.
Ce qui se joue alors, ce n’est pas tant de découvrir la vérité – ni même une vérité – que de saisir une tonalité irréfutable, et qui s’accorde avec l’instant. A peu de chose près…

2008      La Fabrica de Petaç,  chez Novelum
2009      Lo solelh barona descauç – Anthologie – « Messatges », chez IEO edicions
2009      Anthologie « Voix de la Méditerranée » – Lodève, chez Clapas
2011       Anthologie « Voix Vives » – Sète, chez Bruno Doucey
2011       Camins dubèrts – Anthologie de poésie contemporaine, chez Letras d’Òc
2015       A quicòm pròche, chez Jorn

 Ce qu’en disent les éditeurs :

La poésie peut être une réponse à l’énigme de l’enfance. Frédéric Figeac médite sur la nature du présent où surnagent, telles des « rebuts de surface », les membres épars de l’enfant que nous fûmes, ces sensations persistantes jusqu’à l’obsession ou fugitives comme l’éclair qui remontent du fond de notre temps personnel. Sa poésie investit trois éléments, trois lieux pour lui fondateurs : le fleuve, la ferme paternelle et le bois. Ces reliefs de passé vivant dans l’aujourd’hui sont autant de fragments d’une expérience à l’orée des mots : « l’enfant chantonne encore en toi au cœur de la brume ». Ils sont évoqués avec une émotion discrète : émoi d’adolescent prenant le ruisseau pour confident (« Éclaboussé de libellules, droit au ruisseau me menait la sève »), fascination pour les galets de la rivière propre aux Petits Poucets que sont tous les gamins (« Dans le limon d’un cœur/ Que germent ces cailloux… »), amitié fusionnelle des arbres, frênes ou charmes (« Depuis l’enfance, nous fraternisons dans cette solitude où nichent les fantômes »), extase cosmique qui relie l’homme au monde et l’adulte à l’enfant (« Où est-il maintenant, ce luxe inestimable…/ D’un corps/ Qui se tend/ Sur le causse étalé de tout son long »).

Cette rêverie ontologique et sensuelle s’exprime dans des sortes de versets, unités conceptuelles soigneusement cadencées, dont la longueur variable épouse « à peu de chose près » le rythme de la pensée, tantôt fulgurante ou sentencieuse, tantôt méditative. Le titre annonce proximité et approximation. Grâce à cette forme poétique, Frédéric Figeac nous introduit dans un univers nostalgique et recueilli, qu’il nous livre avec retenue. On est séduit par une fascinante profondeur de réflexion, par des émotions déchirantes de tendresse et des sensations lumineuses jaillies du passé, comme cet hymne superbe à la carotte cueillie par la mémoire dans un jardin perdu : « Au cœur d’une carotte, croquer le sacré tout cru, tout sucre… »

La poesia pòt èsser una responsa a l’enigma de l’enfança. Frederic Fijac medita sus la natura d’un present ont subrenadan coma de « bordufalha » los membres espargits de l’enfant que foguèrem, aquelas sensacions persistentas fins a l’obsession o fugidissas coma lo liuç, que remontan del fons de nòstre temps personal. Sa poesia investís tres elements, tres luòcs per el fondadors : lo flume, la bòria pairenala e lo  bòsc. Aquelas sòbras del passat vivent al jorn de uèi son tant de tròces d’una expriéncia a l’òrle dels mots : « e mai enquèra canturleja per las brumas lo mainatge en tu ». Son evocadas amb una esmoguda discrèta : esmai d’adolescent que pren lo riusset per confident (« Enregisclat de domaisèlas, de pos al riu me menava la saba »), enclausiment pels còdols del riu, pròpri als Ponhetons que son totes los manits (« Per la saula d’un cur/ Que grelhen los calhaus… »), amistat fusionala dels arbres, fraisses o calpres (« Dempuèi l’enfància nos afraira, aquela solesa qu’i anisan las trèvas »), extasi cosmica que religa l’òme al mond e l’adulte a l’enfant (« Ont es ara, aquel luxe inestimable…/ D’un còs/ A se tibar/ Espatarrat pel causse »).

Aquela pantaissada ontologica e sensuala s’exprimís dins de menas de versets, unitats conceptualas cadençadas amb suènh, que lor longor variabla esposa « a quicòm pròche » lo ritme de la pensada, quora folzejanta o sentenciosa, quora meditativa. Lo títol anóncia proximitat o aproximacion. Gràcia a aquela forma poetica, Frederic Fijac nos dona la clau d’un univèrs de languison e de reculhiment, que nos liura amb retenguda. Sèm seduches per una emmascanta prigondor de soscadissa, per d’esmogudas esquiçantas de tendrum e de sensacions lumenosas giscladas del passat, coma aquel imne supèrb a la carròta culhida per la memòria dins un òrt perdut : « Al cur d’una carròta, cruscar lo sacrat tot crus, tot sucre. »

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Et pour ceux qui lisent l’espagnol – nous savons que vous êtes nombreux! – nous n’avons pas hésité à vous proposer ce bel et long entretien avec le poète argentin, traducteur, en particulier, de Gabriel Mwènè Okoundji, ainsi que quelques textes de sa poésie non encore traduite en français :

Léandro Calle

http://eldesaguaderorevista.blogspot.fr/2012/04/entrevista-leandro-calle.html
Entrevista a Leandro Calle
sábado, abril 21, 2012  /   Hernán Schillagi  /

«La poesía nos ayuda a sostener los interrogantes»
por Hernán Schillagi

Luego de un cruce de correos electrónicos y libros enviados por correo tradicional para luego ser leídos con avidez; El Desaguadero le propuso a Leandro Calle una entrevista donde el poeta reflexiona sobre los rituales de la escritura poética, los talleres literarios y la poesía actual en su provincia y en el país.

Tender un puente para acortar las distancias entre la cordillera y las sierras. O, quizás,  cómo construir un camino sólido y transitado entre la poesía de Mendoza y Córdoba sea el verdadero desafío. Como también dirigir los ojos hacia otras escrituras y tramas que no llegan, precisamente, uniformadas «vía Buenos Aires»; sino que tienen una voz diferente, lejos de los lugares centrales y las disputas por ser «el poeta estrella» del suplemento literario de turno. Desde hace tiempo, Córdoba viene generando poéticas poderosas, notables, pero que han dejado su huella desde el susurro firme del conocimiento de causa. Escritores como Alejandro Nicotra, Rodolfo Godino, Julio Castellanos y Pablo Anadón, entre otros, cuentan con una obra de sustancia lírica y un compromiso con la difusión y la reflexión del género más allá de las fronteras de la provincia. También, desde la Docta han surgido editoriales-faro como Alción, Del Copista y Argos con catálogos donde recogen a la más interesante poesía que se escribe en la actualidad, traducciones, ensayos y la publicación de revistas como la Hablar de poesía, además de contar con ediciones tan cuidadas que son un orgullo.

Leandro Calle nació en Zárate (provincia de Buenos Aires) en 1969. Tuvo una infancia viajera y eligió la ciudad de Córdoba para vivir y escribir. Fue jesuita y director de la Editorial de la Universidad Católica de Córdoba, como así también dicta desde hace años dos talleres de poesía: uno en el colegio de escribanos, que lo inició María Teresa Andruetto. El otro se encuentra dentro del marco de la actividades de Arte de la Universidad Católica. El año pasado fue director de la Editorial Las Nuestras que depende de la secretaría de Inclusión Social y de Equidad de Género del Ministerio de Desarrollo. Allí impulsó la edición de la gran poeta cordobesa Glauce Baldovín, una activa militante marxista con un hijo desparecido; una voz poética importante en la Córdoba de los 70/80. Además de 4 títulos vinculados, en parte, al género. En 1999, publicó Tatuaje de Fauno y así inició sus volúmenes de poesía. Luego le siguieron Una luz desde el río (2001), Los Elementos (2003), pasar (2004), Almas del Boquerón (2005), Kindheit (2006), Noche extranjera (2007) y, el más reciente, entonces, del año 2010. Algunos de sus libros fueron traducidos al francés y al inglés. En su faceta de traductor acaba de editar Los frutos del cuerpo, del reconocido poeta marroquí Abdellatif Laâbi (Alción, 2012).

La obra de Calle refleja una constante mutación que va desde un libro que propone una serie siguiendo las estaciones del Vía Crucis (Una luz desde el río), pero para hablar de los desaparecidos durante la dictadura,  como también una entrañable elegía (pasar), o los poemas miscelánicos y de amplio período (Noche extranjera), hasta el último donde se abisma a la brevedad casi esencial de la palabra (entonces). Aquí, Leandro Calle ofrece al poema como un artefacto vivo, donde cada latido es un vocablo necesario para hacer circular la tinta por las venas.

Rituales, constantes y libros

-Cuentan que Lugones escribía de pie en un atril ¿Tenés algún ritual «físico» o un «instante privilegiado» para escribir un poema?

-Mi primera respuesta iba a ser no, pero revisando un poco mi manera de escribir, la verdad es que encuentro muchas constantes. Todas ellas, sin embargo no son «a rajatabla», son eso que te digo, constantes, costumbres que por lo general se dan. No suelo escribir en bares, ni cafés ni espacios públicos. Suelo escribir en mi casa, por la noche de ser posible o a la mañana bien temprano. Siempre escribo con lápiz y en cuadernos Rivadavia. Obvio que si necesito escribir algo y no dispongo de estas cosas no me sucede nada pero por lo general están estas constantes. Corrijo sobre el papel y finalmente sobre la computadora.

Dejo dormir los poemas, sobre todo cuando son un conjunto homogéneo. Los dejo «en barbecho» y luego vuelvo a ellos. El libro Una luz desde el río, por ejemplo, lo comencé en 1998 y lo edité en 2001. Descansó mucho tiempo y lo reescribí varias veces.

En muchas ocasiones utilizo música. Jazz o clásica. Evito la música cantada porque me distrae. El libro Los elementos fue escrito todo con música detrás que me fue inspirando para cada elemento. Para el agua, escuchaba los nocturnos de Chopin; para tierra, Piazzolla; aire, Miles Davis y fuego, Sibelius.

En otras ocasiones he necesitado un silencio absoluto. Desde que nació mi hijo, escribo como puedo y ya no me obsesionan algunas cosas. A veces es necesario interrumpir un poema o la lectura de un poema y lejos de ser un problema, lo he ido incorporando como un material más que me ancla a la realidad.

-Tu libro pasar (2004) es una elegía ¿En qué modo te acompañaron en su escritura
obras elegíacas como las de Manrique, Lorca u otros clásicos?

-Si miro mi pequeña producción en general, me doy cuenta de que en realidad mi tono, es elegíaco. Hablo de tono en el sentido de algo que está por debajo. Manrique, lo leí en la secundaria creo. Luego, nunca quise volver a él, tenía una certeza «estúpida» de que si lo leía se moriría mi padre. Cuando murió, volví a Manrique. No sentí nada o mejor, entendí cosas. Me sentí hermano.

Neruda, el primer Neruda es un obsesionado con la muerte como muy bien lo demuestra Hernán Loyola en Ser y Morir, ese libro fundamental para la poesía nerudiana. El poema «Sólo la muerte» es uno de los poemas que tal vez más me impactaron en mi adolescencia. Olga Orozco está también atravesada (su vida y su obra) por el tema de la muerte.

-Además de pasar, en tus libros posteriores la presencia de la muerte se manifiesta como una constante ¿Cómo son los diferentes enfoques que le has dado en cada obra?

-Como te decía, creo que mi tono es elegíaco. Ese tono es una constante de la que yo conozco en parte su origen. De chico, recuerdo haber sufrido una especie de angustia muy fuerte. Recuerdo que mi padre me abrazaba y le preguntaba qué pasaba y yo no podía responderle porque no tenía las palabras adecuadas. Con el tiempo fui encontrando la respuesta a qué me había sucedido, o al menos me acerqué a una respuesta. Primero fue leyendo Adán Buenosayres de Leopoldo Marechal. Cuando él describe esa escena del baile donde ve a todos muertos y sale corriendo y abraza al caballo, entendí que era una sensación semejante y luego cuando estudié filosofía y se hablaba de la finitud y de la contingencia del ser, ahí entendí esa angustia, ese mal metafísico que como muy bien vos leíste atraviesa en parte todo lo que escribo.

La muerte no está (o al menos es mi intención) tratada solamente como muerte física sino como hondura del alma, como contingencia como imposibilidad de quedarse. Todo lo que hacemos en torno al arte me da la sensación que es para conjurar la muerte, para quedarnos. Y esto se da en un nivel inconsciente, no necesariamente somos conscientes de esa fecha de vencimiento que llevamos en nuestros envases de carne. A diferencia del yogurt o la leche, no sabemos el cuándo.

En pasar (que va así en minúscula porque es una muerte y no LA muerte) la referencia es directa porque es la muerte de mi padre. Se murió en mis brazos y eso es algo hondo, tocás algo raigal, vas hasta la médula, en realidad no vas, te llevan. La idea del «hilito» que atraviesa todo el libro, es una idea o metáfora generadora que proviene de mirar el monitor del electro durante 11 días. Era el hilito así en diminutivo, porque uno accedía a la fragilidad, al dolor, al conteo regresivo.

En Una luz desde el río, el poemario (14 poemas) está dedicado a los desaparecidos. Aquí la muerte aparece de manera teológica (es un Vía Crucis), histórica y política.

Noche extranjera, tiene algunos homenajes como el “Requiem” para la querida Elizabeth Azcona Cranwell y otros particulares. Pero es un libro variado. Entonces (que también está con minúscula) incorpora el tema de la muerte pero muy lejanamente. El poema final es el que ilumina todo el texto. Los poemas fueron escritos en Venezuela durante junio y julio de 2006 y 2007. Después los fui retocando un poco, había muchos más y finalmente dejé los que publiqué en 2010.

Se me cuela el tema de la muerte. Por eso te decía que es un «tono» una especie de «bajo continuo» que está ahí. Y la verdad es que no me preocupa tanto que esté, porque es lo más real que tenemos. ES un bajo continuo, es un puerto de llegada insoslayable, entonces, es normal que esté. El tema de la muerte no se me da tanto en un nivel «mortuorio», «masoquista» o «terrorífico», sino una sensación más bien de angustia metafísica de problema de la existencia y de las pérdidas que no siempre son muertes físicas y humanas. En definitiva, saber la muerte nos hace vivir, nos define el cómo vivir.

La escritura compartida

¿Qué le responderías a un descreído de los talleres literarios que argumenta que grandes escritores como Borges y Cortázar no necesitaron de uno?

-En principio no tendría que decirle nada, no soy nadie para pronunciarme sobre ese tema en un marco así disyuntivo. Es como si comparáramos los músicos que vienen de un conservatorio y los que tocan de oído. Hay personas que les gusta y les viene bien y otras que no. Y podemos convivir todos felices y contentos sin ser «pro» o «anti» talleres.

¿Qué viene a buscar a un taller el poeta en ciernes?

-Creo que hay una mezcla de cosas. Enumero algunas. Busca aprender, busca aprobación de lo escrito, busca pulir, busca un grupo literario con el que compartir sus poemas. Busca saber si lo que hace «es» poesía. Esto en los casos donde hay una «rectitud» interna de lo literario. A veces hay otros aspectos que son jorobados para los desarrollos del taller y en general son aspectos negativos o que no hacen al taller en sí: por ejemplo, se busca una especie de terapia grupal, o se busca una literatura de autoayuda donde el acento no está puesto en la creación poética sino en el «sacar afuera» lo que me pasa. Distinguir estas cosas es de capital importancia para el desarrollo de un taller de poesía.

¿Qué tres «consejos» o «anticonsejos» no pueden faltar para coordinar un taller de poesía? ¿Cómo es tu metodología de trabajo habitual?

-Los consejos se los dejo al viejo Vizcacha. No doy consejos. Pero si comparto mi experiencia. Algunas cosas las he tomado del taller que hice con Elizabeth Azcona Cranwell. La genialidad de Elizabeth es que antes de todo lo nuestro, nos hacía leer buena poesía. Y yo hago lo mismo. La primera media hora selecciono autores de todo tipo y color. Hay que aprender de los grandes y de los chicos. Hay que leer en grupo. Leer en voz alta, comentar, emocionarse. Luego suelo hacer un corte, una especie de momento cultural donde doy los «avisos culturales» de la semana y creo alguna atmósfera con otras artes acerca del poeta que vimos. Por ejemplo, si vimos algún poeta del siglo XIX francés, vemos algunas imágenes del simbolismo o del impresionismo o escuchamos a Debussy para comprender un poco el contexto histórico social en donde surgió ese poeta o esa obra.

Luego los otros 45 minutos son de revisión del trabajo que están escribiendo. Participamos todos. A veces es difícil. Tres cosas que siempre tengo en cuenta:

  1. a) Hay que cuidar la voz de cada uno. Los grandes riesgos de un taller son dos: que se escriba «para el taller» y que todos escriban como se escribe en el taller o como escribe el que lo coordina. Creo que un desafío para la coordinación de un taller es dejar nacer y cuidar y nutrir esa voz que está ahí que es personal de cada uno.
  1. b) Distinguir entre el gusto y el juicio. Es un tema fundamental. Hay cosas que a uno pueden no gustarle pero eso no quiere decir que no esté bien realizado o hecho. Elevar un juicio, significa argumentar, fundamentar el porqué, conocer al autor y a su contexto y no opinar ligeramente. Eso se aprende, no es fácil y menos en una sociedad donde la opinión de «mesa de café» está a la orden del día.
  1. c) No explicar los poemas. Si no se defienden solos… y bueno, entonces no serán tan buenos. Pero también saber que lo que hoy no comprendo o no me gusta, mañana puede gustarme puedo comprenderlo (estéticamente hablando). Estamos en movimiento. Lo pero que le puede pasar al arte es quedarse quieto.

La voz del otro

-¿Cuáles son los poetas argentinos que integrarían tus «afinidades electivas»? ¿Por qué?

Borges, Lugones, Orozco, Roberto Juarroz, Gonzalez Tuñón, Gelman, y algunos otros.

Me preguntás solo los argentinos.

Borges porque cada vez que lo leo me doy cuenta que tiene un manejo del lenguaje exacto, contundente, exquisito. Es un poeta genial. Siempre vuelvo a él.

Lugones, es otro grande. Me cansa, me aburre a veces pero uno aprende y hay pasajes memorables. Es casi como escuchar Wagner (para mi que soy un neófito en Wagner), hay pasajes sublimes y otros en los que no entiendo nada.

Orozco: cuando leí Los juegos peligrosos, me dio vuelta la cabeza. Seguro incentivó mi tono elegíaco. La conocí y compartí con ella y Elizabeth algunos momentos inolvidables. Su voz era como la de una pitonisa. Sus ojos eran una porción de la tormenta. Poemas como «para hacer un talismán» o «Desdoblamiento en máscara de todos» me dejan mudo.

Juarroz: la economía de lenguaje, el reverso de Olga. Y esa filosofía bella y honda.

Tuñón: lo heredo de mi viejo. Hay poemas como el de «La cerveza del pescador Schiltigeim» que me han hecho llorar. El «tata» Cedrón ha musicalizado mucho de sus poemas y hay versiones que me han legado al corazón. Su militancia en el PC también me recuerda las ilusiones e ideales de mi viejo que también militó en el partido.

Gelman: maneja el lenguaje de una manera novedosa. Eso me atrae, Gelman siempre dice algo.

Bueno y hay más pero estos son como los que están así por su poética. Después hay poemas, o conjunto de poemas. No me olvido de Oliverio, de Pedroni, Azcona Cranwell, Storni, etc.

¿Notás en la actualidad poética cierta tensión entre el eje dominante «Buenos Aires-Rosario» y el resto del país?

Si bien yo nací en Zárate y viví en varias partes (Jujuy, Salta, Chaco, Ecuador, Venezuela, París) siempre estuve mucho en Buenos Aires Capital. Casi toda mi secundaria la hice allí en la década del ’80 en un colegio que quedaba a dos cuadras de Corrientes y Callao. Me encanta Buenos Aires, es mi ciudad y estoy la verdad podrido de la cuestión periferia y centro. En Córdoba, la ciudad que elegí para vivir, es como el pan cotidiano. Creo que si no salimos de esta dicotomía, de este sentimiento de orfandad y de inferioridad no vamos a crecer literariamente hablando. Es obvio que Buenos Aires centraliza, como también centralizan las provincias desde sus capitales. ¿O me vas a decir que tienen las mismas oportunidades los habitantes de Córdoba Capital que los de Villa Reducción o La Carlota? Obvio que no. Hay además una cuestión demográfica. Con esto no defiendo la centralización literaria, editorial y de mercado; lo que digo es que hay que salir de una posición de queja o desdén hacia algunos temas. Hoy la tecnología descentraliza muchas cosas. Hay que crear espacios. Ustedes con la revista descentralizan desde la propuesta, desde la creatividad, desde la inteligencia y no desde la queja. Aplaudo eso.

¿Reconocés en Córdoba algunas líneas o corrientes de estilo en la poesía de hoy? ¿Cuáles?

Debería saber esto ¿No? A ver, creo que hay varias aristas. Primero el primer poeta argentino, barroco, poco leído y que tiene más mérito por ser el primero que por su poética en sí que era un poco el influjo del culteranismo de la época con Góngora detrás. Hablo de Luis de Tejeda. Luego insoslayable es la presencia de Leopoldo Lugones. Modernismo y posmodernismo. Políticamente condenado pero al nivel del lenguaje y la poesía, nada hay que decir y, si alguno lo duda, es bueno refrescarnos la memoria en el prólogo de El Hacedor (1960) de Borges.

Luego, hay varios poetas pero hay dos voces que se levantan y son de una originalidad supina. Una es la voz de Romilio Ribero que fue rescatada por la editorial Alción y la otra voz es la de Glauce Baldovin, poeta rescatada por la editorial Argos del poeta Julio Castellanos. Creo que estas dos poéticas dan cuenta de la originalidad en Córdoba del siglo XX. Tuve la suerte de publicar junto con Julio, este año pasado la obra inédita de Glauce (nueve libros) y sentí la verdad que ponía un granito de arena.

Después hay nombres que uno no puede dejar de conocer: Alejandro Nicotra, Godino, Castellanos, Susana Cabuchi, Romano, Vargas, entre otros.

Y hay ya una oleada joven, algunos cercanos a mi edad (no tan jóvenes) y otros entre los 20 y 30 años que vienen pisando fuerte y bien. Entre otros, Alejo Carbonell,  inauguró este año el Festival de poesía de Córdoba con una interesante gama de poetas, entre ellos Rodolfo Raschella, Esteban Moore y Hugo Gola.

Es la poesía, entonces

-En uno de los poemas de Noche extranjera te interrogás «Quién enciende la llama en el poema» ¿La poesía hace las preguntas y esconde la mano o da respuestas que nadie espera?

La poesía nos ayuda a sostener los interrogantes. Hay preguntas que no tienen respuestas y para sostener esas preguntas, yo encuentro en la poesía un camino. La poesía es pregunta. Lo importante son las preguntas.

-El que lee entonces, tu último libro, se encuentra con poemas muy breves, con un vocabulario parco, pero de honda belleza. Al mismo tiempo es llamativo el cambio con respecto a tu producción anterior ¿Debe el el escritor romper con su propia tradición poética?

No sé si debe. En todo caso se da en mi poesía y se da en la de muchos. Hay otros que tiene esa actitud pareja y seguidora. Lo mío es un poco cambiante, pero siempre con un agua de fondo que no se altera.

Ahora estoy con dos libros desde hace algún tiempo. Y es una voz que yo mismo no me reconozco. Es como más descriptiva pero dura, no sé, ahí ando puliendo y quitando cosas. Uno es un libro sobre la ciudad pero en un tiempo pasado y el otro es un conjunto de poemas sobre América.

-Si como dice Antonio Machado, «pero lo nuestro es pasar» ¿Para qué la poesía, «entonces»?

Machado es uno de mis autores favoritos. Su hondura me conmueve. «Lo nuestro es pasar», para mí allí está la gran clase de antropología más perfecta y sintética a la que ningún filósofo me parece que puede llegar. El tema no es solo «pasar» sino el cómo, el estilo, la forma es la que nos define cómo pasamos. Retomando el tema de la pregunta y de la muerte, es decir los interrogantes de la contingencia y de la finitud, la poesía es una manera de pasar y de pasar bellamente, de que nuestro pasar tenga sentido o al menos podamos pasar cantando, celebrando, incluso la muerte porque sabernos contingentes nos hace vivir de manera más decisiva o más vital.

El gran Baudelaire, en un poema «A una que pasa» dice: «Un éclair, puis la Nuit», «Un relámpago y luego la noche», se refiere a aquella que pasó e iluminó el deseo con la belleza. Tal vez la vida sea como ese relámpago, ese fulgor que pasa y deja belleza en la pupila de los otros. O tal vez la muerte, como creo que dice la «rana sabia» de Leopoldo Marechal, sea un momento de tránsito y no un final. La rana (creo que era una rana) en el Heptamerón, cambia el refrán popular, aquel que decía «Partir es morir un poco» y dice al revés: morir, es partir un poco.

Algunos poemas de Leandro Calle

2.Lleva la cruz sobre sus hombros

Debo arrastrar el pasado
para aligerar una carga que no entiendo.
Ya no se puede mirar atrás.
Estas manos soportan un arado
que se empeña en arrastrar la historia.
Hay algo liviano en el dolor
tal vez un pétalo que cae
para no marchitar la pureza del despojo.

de Una luz desde el río (2001)

Miro tu cuerpo respirado
lastimado de aire
gorrión dormido
en la blancura de las sábanas
y no puedo entender
que el hilito que sostiene
tu naufragio y el mío
sea tan sólo de aire.

de pasar (2004)

Nif

Mi padre arrancó la cortina
la arrancó como quien caza una mosca en el aire.
Decidido cruzó el patio.
Cruzó toda la noche con la linterna a cuestas.
Buscó la pala y comenzó a cavar un pozo
un pozo en medio de la noche.
Yo lloraba de pie
y en la celeste cortina que nos salvaba del verano
estaba Nif sin vida
con su collar de choclo ahuyentando el moquillo.
Mi padre me abrazó. Ya no recuerdo.
Pero prefiero pensar que ante la muerte
que vestida de perro me mostró sus frías credenciales
mi padre me abrazó toda esa noche
y su calor me abraza todavía
como el collar de choclo en el cuello de Nif
que no lo abandonó ni hasta en la muerte.

 de Noche extranjera (2007)

Falsa mordaza la del corazón
que al fin y al cabo siempre habla.
Tu voz arde cuando llega el silencio.
Mi espalda contra la espalda del muro
la espalda de la pregunta contra la espalda de
dios.

Entonces
mirar hacia adentro
nacer.

Ladran los perros en la noche oscura
olfatean tu presencia silenciosa
corren enloquecidos de un lado para otro
y de repente callan y todo se enmudece
y los perros del alma mastican el silencio
muerden con rabia la mudez nocturna
porque mi olfato siente tu presencia
tu presencia que pasa y no se queda.
Pasan las nubes como navíos
pasan las nubes libres y revueltas.
La dicha de ser empujados por la dicha.
El viento oscuro
la luz lentísima
la solidez del agua.
Colgaba de la puerta el cordel amarillo de la llave
cuando cerré los ojos, los pájaros cantaban en un bosque
donde la única gravedad era hacia arriba.
Mediodía de la saciedad la noche
porque la sed es como el sol
que se apaga y se enciende
y nunca se está quieta.
¿Por qué no arder sin más y para siempre?
Mojada brasa del alma a medias encendida.

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