Rencontre-Discussion-Dédicace avec Alessandro Stella sur le thème « Les armes de la critique »

LES ARMES DE LA CRITIQUE
Librairie Livresse
Samedi 8 juillet 2017
de 9h30 à 13h30
Alessandro Stella
nous invite à la discussion!

Alessandro Stella est l’auteur de
« Années de rêves et de plomb.
Des grèves à la lutte armée en Italie (1968-1980) »
,


qu’il avait dédicacé à Livresse le 3 décembre 2016

Paru aux éditions Agone en octobre 2016. Il y relate ses années de jeunesse dans cette Italie post-68, où le désir d’une révolution sociale était partagé par une partie importante de sa génération. Stella suivra l’évolution et la radicalisation de ce mouvement, quittant ensuite l’Italie au début des années 1980 et se réfugiant en France pour éviter la répression.

Après un doctorat d’anthropologie historique à l’EHESS, il est entré au CNRS en 1992, où il est aujourd’hui directeur de recherche. Ses travaux ont porté successivement sur les révoltes ouvrières, l’esclavage et autres formes de dépendance servile, le métissage, le genre et la sexualité, les relations amoureuses, les drogues. Ses recherches ont pris comme terrain d’étude d’abord la Toscane et la Bourgogne du Moyen Âge, puis l’Andalousie et le Mexique aux XVIe-XVIIIe siècles.

Auteur de plusieurs ouvrages et articles dans des revues scientifiques (consulter:  http://crh.ehess.fr/index.php?300 );

Alessandro Stella est d’évidence plus attiré par l’exploration de problématiques sociétales que par des lieux et des époques. Actuellement, c’est la question des drogues, un enjeu devenu majeur dans nos sociétés, qu’il aborde de façon anthropologique, se différenciant de l’approche policière ou sanitaire.

C’est sa manière de faire de la recherche
un outil pour éclairer des enjeux de société.
C’est une base de réflexion pour aborder avec lui
Samedi 8 juillet à Livresse

selon un point de vue contemporain,
le thème marxiste : « Les armes de la critique »,
s’opposant à « La critique des armes ».

Alessandro Stella s’appuiera sur ses références historiques et culturelles comme sur propres recherches et ouvrages – qui pourront vous être dédicacés en fin de séance

 

Livresse proposera en contre-point ou en parallèle quelques livres / essais sur les thèmes supports d’ Alessandro Stella (domination-révoltes, amour et sexualité, esclavage et métissage… mondialisation de la pensée…).
Sans oublier d’aller relire Sartre, voici quelques titres qui seront réunis sur les tables de Livresse, non exclusifs de toutes propositions que vous pourrez présenter :

 

Un moment d’échange et de réflexion
sur les enjeux de notre monde moderne
et sur les moyens non violents de (chercher à ) les maîtriser
Le samedi 8 juillet 2017
à Livresse
Suivi du verre de l’amitié
et de l’été

 

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir certains sujets avant de venir en discuter, voici quelques éléments d’analyse et de réflexion à partir de titres choisis :

 Alessandro Stella
Le prêtre et le sexe
Éditeur : André Versaille éditeur (22/01/2009)

Résumé :

À l’heure où en Europe occidentale et en Amérique du Nord se multiplient les plaintes pour abus sexuels sur mineurs à l’encontre des religieux en exercice, Alessandro Stella nous invite à une remontée dans le temps. Il nous emmène dans le Mexique colonial où l’Inquisition a instruit – entre 1540 et 1810 – près de deux mille procès contre des religieux accusés de délits liés à la sexualité. Son étude, qui repose sur une riche documentation produite par les tribunaux ecclésiastiques, est un apport majeur à l’histoire de la sexualité, qui généralement ne s’appuie que sur la littérature. Comment l’Église condamnait-elle les délits sexuels (pédophilie, viol, harcèlement) commis par les religieux ? Quelles étaient les sentences prononcées comparées à celles rendues aujourd’hui ? Quel était le profil des prêtres déviants et de leurs victimes ? Dans cet ouvrage, l’auteur s’interroge sur la position de l’Église face à l’amour, la sexualité, la pédophilie et la confession. Il questionne les rapports entre colonialisme et sexualité, entre  » le père  » et ses  » filles en confession  » ; la punition et la jouissance; les figures cléricales du sadomasochisme; la négation de l’homosexualité et, bien sûr, les authentiques rapports d’amour.

=> Une étude d’une centaine de procès intentés par le tribunal de l’Inquisition espagnole à des religieux du Mexique colonial.
=> Des archives qui dévoilent une face cachée des hommes d’Église entre le XVIe et XIXe siècle.
=> Rigoureux et scientifique, mais jamais racoleur, le livre fourmille d’anecdotes et de témoignages étonnants qui en font un ouvrage passionnant.

Prix : Le Prêtre et le Sexe d’Alessandro Stella a fait partie de la sélection du Prix Fetkann 2009 (catégorie Recherche).


La révolte des Ciompi
Les hommes, les lieux, le travail
Alessandro Stella

Préface de Christiane Klapisch-Zuber

En 1378, le Tumulte des Ciompi ébranle Florence la florissante, l’une des capitales de la laine tout autant que le symbole des valeurs émergentes de la Renaissance. Cette révolte d’en-bas est depuis lors un épisode insupportable. Les contemporains se sont empressés de le rejeter dans l’ombre, les historiens viendront, après eux, brouiller le souvenir de ce grand moment d’affrontement social : en héroïsant, parfois, les vils ouvriers ; en les étouffant sous leur condescendante commisération ; plus généralement, en disqualifiant les effets politiques, en ignorant ou en occultant la réalité sociale de la révolte. Qui étaient les Ciompi ? Alessandro Stella reprend le dossier à la fois historique et historiographique, en s’attaquant à l’analyse des événements et à leur interprétation, cherchant à comprendre les dynamiques sociales commes les parcours individuels. La lumière crue du Tumulte dévoile alors une ville double, ou plutôt deux villes en une : celle de l’honneur et du gain, où les pauvres sont des « pauvres honteux », non pas des révoltés ; et celle des quartiers séparés par l’exclusion, où l’on a faim sans espoir.


Histoires d´esclaves dans la péninsule Ibérique
Alessandro Stella

L’esclavage dans l’Europe moderne n’a rien eu d’anecdotique. Des centaines de milliers de personnes ont connu ce sort en Espagne et au Portugal du XVIe au XVIIIe siècle. Certaines l’ont été toute leur vie, d’autres seulement un moment, qui dans des conditions épouvantables de souffrance, qui luttant par tous les moyens pour se libérer, qui acceptant de jouer le jeu d’une lente et parfois illusoire intégration sociale. Cette étude fine d’histoires de vie fait comprendre comment les classifications du temps rangeaient les esclaves aux marges d’une société qui se voulait ou se pensait blanche, chrétienne et de « sang pur ». En levant un voile de refoulement et d’oubli et en décrivant l’économie morale et affective des esclaves et de leurs maîtres, cet ouvrage s’inscrit dans une histoire sociale de la domination et des résistances à celle-ci.


 Peau noire, masques blancs

Frantz Fanon

La décolonisation faite, cet essai de compréhension du rapport Noir-Blanc a gardé toute sa valeur prophétique : car le racisme, malgré les horreurs dont il a affligé le monde, reste un problème d’avenir.

Il est ici abordé et combattu de front, avec toutes les ressources des sciences de l’homme et avec la passion de celui qui allait devenir un maître à penser pour beaucoup d’intellectuels du tiers monde.

Frantz Fanon (1925-1961)

Né à Fort-de-France, il s’engage dans les Forces française libre en 1943, puis étudie la médecine, la philosophie et la psychologie à Lyon. Il devient médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Blida, mais il est expulsé d’Algérie en 1957 et s’installe à Tunis où il reste lié avec les dirigeants du GPRA. Il meurt d’une leucémie après avoir publié deux autres ouvrages consacrés à la révolution algérienne et à la décolonisation.

Les damnés de la terre

Frantz FANON

« La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. » Frantz Fanon.
Publié en 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d’Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Éditions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel. Il a servi — et sert encore aujourd’hui — d’inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes. Son analyse du traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial et son projet utopique d’un tiers monde révolutionnaire porteur d’un « homme neuf » restent un grand classique du tiers-mondisme, l’œuvre capitale et le testament politique de Frantz Fanon. Dans cette nouvelle édition, la préface de Alice Cherki, psychiatre et psychanalyste, auteur du Portrait de Frantz Fanon (Seuil, 2000), et la postface de Mohammed Harbi, combattant de la première heure pour la libération de son pays et historien de l’Algérie contemporaine, auteur de Une vie debout. Mémoires politiques 1945-1962 (La Découverte, 2001), restituent l’importance contemporaine de la pensée de Frantz Fanon.


France Culture :

Frantz Fanon, la pensée et l’action

05.12.2011 (mis à jour le 22.01.2016)

Frantz Fanon•

36 ans. Son existence fut brève mais il l’aura fait poudroyer par ses engagements et la fulgurance de sa pensée. Frantz Fanon, écrivain et psychiatre martiniquais, figure emblématique du tiers-mondisme, a livré une réflexion unique et novatrice sur les questions de la conscience noire et de la colonisation. Depuis, si les sociétés ont évolué, la voix du penseur, qui s’est éteinte il y a un demi siècle, résonne toujours étonnamment aux cœurs des problématiques politiques et nationales actuelles. Dans le cadre d’une semaine spéciale de France Culture, retour sur une trajectoire mêlée de théorie et d’expérience à travers les regards croisés de Pierre Bouvier, universitaire, et René Depestre, poète et écrivain haïtien qui fut l’ami de Frantz Fanon :

Naissance d’un révolté

Juillet 1925. Frantz Fanon naît en Martinique, au sein d’une famille bourgeoise. L’enfant a la peau plus foncée que ses sept frères et sœurs et il en souffre. Car la société dans laquelle il grandit, depuis longtemps contaminée par une attitude d’assimilation de la culture européenne, considère que ce qui est clair, c’est ce qui est beau. Fanon tirera beaucoup d’amertume de cette époque et, sa vie durant, conservera une certaine rancune envers son île natale.

De 1939 à 1943, Frantz Fanon bénéficie de l’enseignement de Césaire au lycée Schoelcher de Fort de France. Puis, hostile au régime de Vichy, il rejoint les Forces Françaises libres de la Caraïbe, à la Dominique. Il a seulement 18 ans. Lorsque les Antilles françaises se rallient au Général de Gaulle, le jeune homme s’engage dans l’armée régulière pour continuer le combat. Mais, alors qu’il aspire à risquer sa vie pour un idéal, il est confronté de plein fouet au racisme de ceux là même auprès desquels il lutte.

« Il a assisté au « blanchiment » de l’armée, remplacement brutal, le gros du travail fait, des troupes coloniales noires par des blancs bon teint. Lui-même n’était pas concerné, les Antillais étant considérés comme des métropolitains. Mais qu’est-ce qui le différenciait, dans le quotidien, de ces soldats « indigènes » bafoués à qui l’on parlait « petit nègre » ?  » souligne François Maspero dans Le Monde du 22 sept. 2009.

A tel point que, juste avant la bataille de Colmar, Frantz Fanon écrit à sa famille : « je doute de tout, même de moi. Si je ne retournais pas, si vous appreniez un jour ma mort face à l’ennemi, consolez-vous, mais ne dites jamais : il est mort pour la belle cause. »

Mais aussi : « Je me suis trompé ! Rien ici, rien ne justifie cette subite décision de me faire le défenseur des intérêts du fermier quand lui-même s’en fout. « 

Etudes en France et indépendance d’esprit

Après la guerre, en 1947, Fanon se rend à Lyon pour suivre des études de médecine. Il se spécialise en psychiatrie et… doit à nouveau faire face à toutes sortes de discriminations ethniques.

Pierre Bouvier• Crédits : Radio France

Pierre Bouvier est professeur émerite à l’université de Nanterre, chercheur au Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales et auteur d’un essai sur Aimé Césaire et Frantz Fanon.

Il évoque le racisme de la societé française des années 50, dont Fanon fait une analyse audacieuse dans son ouvrage Peau noire, masques blancs , en 1952.

  Dans cet essai, écrit alors qu’il n’avait que 25 ans, Fanon fait mention de ce racisme linguistique à travers une anecdote amusante et ô combien révélatrice.

« Dernièrement, un camarade nous racontait cette histoire. Un Martiniquais arrivant au Havre entre dans un café. Avec une parfaite assurance, il lance : « Garrrçon ! Un vè de biè. » Nous assistons là à une véritable intoxication. Soucieux de ne pas répondre à l’image du nègre-mangeant-les-R, il en avait fait une bonne provision, mais il n’a pas su répartir son effort. « 

René Depestre•

En 1952, alors que Fanon exerce comme médecin à l’hôpital de Saint Alban, en Lozère, il s’intéresse à l’existentialisme et au marxisme qu’il tente d’adapter au contexte africain. Dans Les Damnés de la terre , en 1961, il écrira : « Aux colonies l’infrastructure économique est également superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche. C’est pourquoi les analyses marxistes doivent être toujours distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial. Il n’y a pas jusqu’au concept de société pré-capitaliste, bien étudié par Marx qui ne demanderait à être repensé. « .

Malgré cet intérêt pour ces courants politiques et philosophiques, son indépendance d’esprit le maintient loin des partis. En témoigne René Depestre , écrivain et poète haïtien né en 1926, qui a fait la connaissance de Frantz Fanon dans le Paris des années 50 par l’intermédiaire d’Edouard Glissant.

Indépendant, Fanon l’était jusque dans sa manière d’appréhender le mouvement de la négritude notamment impulsé par Césaire, Senghor et… René Depestre lui-même.

Frantz Fanon, Algérien

En 1953, Fanon, à qui l’on a proposé un poste intéressant en Algérie, devient médecin-chef à l’hôpital de Blida. Y règne la doctrine primitiviste des psychiatres de l’école d’Alger, qui relègue les indigènes au rang de « grands enfants ». Avec ses internes, Fanon, qui s’insurge contre cette aliénation, entreprend un travail d’exploration des rites et des mythes de la culture algérienne. René Depestre revient sur cette époque, également notable par la publication de Peau noire, masques blancs et où, par ses écrits, Fanon commence véritablement à démystifier le racisme blanc .

Deux ans plus tard, la guerre d’Algérie éclate. Frantz Fanon s’engage auprès de la résistance nationaliste, se liant d’amitié avec la direction politique du FLN et des officiers de l’Armée de libération nationale. En 1956, il démissionne de son service de médecin chef. Dans la lettre qu’il écrit au Ministre Résident , il dénonce le « pari absurde (…) de vouloir coûte que coûte faire exister quelques valeurs alors que le non-droit, l’inégalité, le meurtre multi-quotidien de l’homme [sont] érigés en principes législatifs. « 

Fanon est expulsé d’Algérie en 1957. Cela marque sans doute sa rupture définitive avec la France, voire l’Europe. En effet, dans sa conclusion des Damnés de la terre (1961), il écrira : « Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde. « 

Fanon rejoint ensuite le FLN à Tunis et devient rédacteur pour le quotidien du parti, El Moudjahid . Il poussera son engagement pour la cause jusqu’à épouser la nationalité algérienne. En 59, il publie L’An V de la révolution algérienne , ouvrage censuré lors de sa parution en France, et dans lequel il s’illustre par sa capacité d’écoute fraternelle du peuple arabe. « Il est exceptionnel qu’un homme qui n’est pas né en Afrique du Nord puisse dire : « Nous autres, Algériens. « , s’émerveille René Depestre.

En 1960, Fanon devient même ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne au Ghana.

Une fin de vie flamboyante

A la fin de cette même année, Frantz Fanon apprend qu’il est atteint de leucémie. Il se retire à Washington où il entreprend de dicter Les Damnés de la terre , manifeste éclatant contre la colonisation et pour l’émancipation, non plus du seul peuple noir ou algérien, mais de tout le Tiers Monde.

Pierre Bouvier à propos du tiers-mondisme, courant de pensée dont Fanon est l’un des fondateurs.

Les Damnés de la terre•

La préface des Damnés de la terre , écrite par Sartre, a contribué à rendre l’ouvrage célèbre :

« Ainsi, l’unité du Tiers Monde n’est pas faite : c’est une entreprise en cours qui passe par l’union, en chaque pays, après comme avant l’indépendance, de tous les colonisés sous le commandement de la classe paysanne. Voilà ce que Fanon explique à ses frères d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine : nous réaliserons tous ensemble et partout le socialisme révolutionnaire ou nous serons battus un à un par nos anciens tyrans. « , écrit le philosophe français.

Car c’est bien directement aux colonisés, que Fanon s’adresse dans cet ouvrage, analysant pour eux le dispositif aliénant mis en place par le colonialisme : « La décolonisation est la rencontre de deux forces congénitalement antagonistes qui tirent précisément leur originalité de cette sorte de substantification que sécrète et qu’alimente la situation coloniale. « 

Mais la virulente prose de Sartre a également desservi Fanon dans la mesure où elle a assimilé son œuvre à une apologie de la violence. Ainsi, dans Le sanglot de l’homme blanc , Pascal Bruckner écrit contre les « dérives destructrices du tiers-mondisme  » et affirme que Fanon était dans la tradition de la violence prolétarienne. Mais pour René Depestre , Fanon n’était pas l’apôtre de la brutalité, puisqu’il prônait son dépassement :

Davantage que simple analyste, Frantz Fanon se révèle véritablement visionnaire au travers de ces pages brillantes et corrosives. Pierre Bouvier :

Cet homme qui, sans être marxiste, ne séparait pas la pensée de l’action, a eu une influence considérable aux Etats-Unis. « Alors que, dans les décennies 70, 80, 90, on a plongé Fanon dans une sorte de purgatoire dans les universités françaises, il a connu un succès extraordinaire dans les facultés nord-américaines. On l’a étudié, on l’a soumis au crible de Derrida, de Lacan etc. On a beaucoup écrit sur Fanon aux Etats-Unis, et il a contribué à la prise de conscience des Noirs américains, alors que ce n’était pas du tout son propos. « , souligne René Depestre.

Et si sa parole a résonné au-delà des frontières, si elle est toujours d’une incroyable actualité, c’est sans doute parce que Frantz Fanon n’a eu de cesse, au cours de son parcours météore, de « porter la condition humaine » plus haut afin de la rendre plus digne. René Depestre :

« Mon ultime prière : ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! « , implore Fanon dans Peau noire et masques blancs .

Il semble qu’il ait été exaucé.

 Hélène Combis-Schlumberger


Jacques Attali
Une brève histoire de l’avenir

L’histoire des cinquante prochaines années telles qu’on peut les imaginer à partir de ce que l’on peut déjà observer aujourd’hui, avec deux futurs probables mortels, que Jacques Attali appelle l’hyperempire, celui du « marché » qui aura détruit les états, l’hyperconflit, entre cet empire et ceux qui le refuseront, et une alternative positive qu’il nomme l’hyperdémocratie.


La violence des riches
Monique et Michel Pinçon-Charlot

PSA, Doux, Arcelor, Petroplus, Goodyear… Sur fond de crise, la casse sociale bat son plein: vies jetables et existences sacrifiées. Mais les licenciements boursiers ne sont encore que les manifestations les plus visibles d’un phénomène dont il faut prendre toute la mesure: l’intensification multiforme de la violence sociale des dominants.

Mêlant récits vécus, micro-enquêtes, faits d’actualité, portraits et données chiffrées, les deux sociologues dressent le tableau d’une grande agression sociale, d’un véritable pilonnage des classes populaires ‘ un monde social fracassé, au bord de l’implosion. Loin d’être l’Å?uvre d’un « ennemi sans visage », cette violence de classe a ses agents, ses stratégies et ses lieux, que les auteurs étudient depuis plus de vingt-cinq ans. Dans ce guide pratique à l’usage des dominés, ils décryptent l’arsenal de cette brutalité feutrée, ses codes et ses stratagèmes. Entrez dans les coulisses de la guerre sociale, poussez la porte d’un conseil d’administration, écoutez-les parler: sous le vernis des bonnes manières ne tardent pas à percer le cynisme, le mépris de classe et l’arrogance sans borne des élites de l’argent.

Reprenant à Bourdieu la notion de « violence symbolique », intériorisée par ceux qui en sont la cible, les auteurs expliquent comment la domination sociale se marque dans les têtes, dans les corps et dans l’espace. Quels sont les mécanismes de l’autodévaluation et de la dépossession de soi ? Comment s’en libérer ? Comment bousculer les habitudes ? Dans cette intensification en cours de la violence économique, les politiques ont leur part écrasante de responsabilité. La « stratégie du choc » chère au néolibéralisme a aussi sa généalogie française. Le pacte budgétaire européen ou la loi sur la compétitivité doivent être replacés dans la longue histoire des petites et grandes trahisons de la gauche socialiste, qui remonte au début des années 1980, avec le tournant de la rigueur. Après le « président des riches », le gouvernement des traîtres. Le livre se clôt par un retour sur les luttes sociales : esquisser une sociologie de la colère populaire qui soit aussi un appel à la contre-offensive. Malgré la dureté des assauts, des pressions et de la répression, le peuple se rebiffe. Ã écoutez monter sa rage.


Vers la sobriété heureuse
Pierre Rahbi

Pierre Rabhi a vingt ans à la fin des années 1950, lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu’ont commencé à dessiner sous ses yeux ce que l’on nommera plus tard les Trente Glorieuses. En France, il contemple un triste spectacle: aux champs comme à l’usine, l’homme est invité à accepter une forme d’anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique. L’économie ? Au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l’humanité en déployant une vision à long terme, elle s’est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d’élever la prédation au rang de science. Le lien viscéral avec la nature est rompu; cette dernière n’est plus qu’un gisement de ressources à exploiter – et à épuiser.

Au fil des expériences, une évidence s’impose: seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé « mondialisation ». Ainsi pourrons-nous remettre l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, et redonner enfin au monde légèreté et saveur.


Comment les riches détruisent la planète
Hervé Kempf

Nous sommes à un moment de l’histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l’espèce humaine: pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphère. Vivre ce moment signifie que nous devons trouver les moyens d’orienter différemment l’énergie humaine. C’est un défi magnifique, mais redoutable. Or une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s’impose. Elle ne porte aucun projet, n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Elle prétend que toute alternative est impossible. Cette représentation du monde méconnaît la puissance explosive de l’injustice, sous-estime la gravité de l’empoisonnement de la biosphère, promeut l’abaissement des libertés publiques. Pour l’auteur de ces pages incisives et bien informées, on ne résoudra pas la crise écologique sans s’attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd’hui les riches qui menacent la planète.


Mondialisation, Déclin de l’Occident
Elie Arié

Les grands bouleversements ayant marqué l’histoire de l’humanité ont rarement été perçus par ceux qui les ont vécus. Ce constat a poussé l’auteur à se pencher sur le phénomène de la mondialisation porteur, à ses yeux, de la fin inéluctable de la civilisation occidentale.

L’occident ne regroupe que le dixième de la population du globe. Or la mondialisation qui se résume à une guerre économique impitoyable entre quatre ou cinq groupes de nations, loin d’être un remède aux maux de notre temps, est l’opportunité pour le reste d’un monde qui aspire à la prospérité, de prendre sa revanche. Bouleversement dont les premières victimes seront les Occidentaux, nouveaux aristocrates menés à la lanterne

En fait, cette « Révolution » appelée à cor et à cri par une civilisation en déclin, a, par aveuglement idéologique anéanti chez nous ce qui semblait éternel ainsi que les outils dont nous disposions pour agir sur le monde. Qu’il s’agisse de la vie démocratique désormais déconnectée de la réalité mondiale uniformisée des grèves devenues inopérantes face aux délocalisations, des batailles impossibles contre un système mondial qui s’est affranchi des pouvoirs des gouvernements, des revendications pour plus de justice et le respect de la culture et des identités, auprès d’institutions et d’oligarchies qui ne les entendent pas, partout le même sentiment d’impuissance prévaut. D’où la résignation des peuples, grands perdants de cette mondialisation, qui ne se manifestent plus que par des indignations stériles ou par la montée d’intégrismes religieux et communautaristes en quête d’un mode de vie disparu et idéalisé.

Rien pourtant, dans le cadre irréversible de la mondialisation, n’est joué, l’Histoire procédant toujours par ruptures brutales; qui petit dire, en effet, quels séismes nous attendent ? Mais, pour leur faire face, encore faut-il se débarrasser de nos vieilles habitudes de pensée, et soigner notre inertie intellectuelle afin de ne pas rester les spectateurs passifs de notre mise à mort programmée.

Cardiologue et enseignant en économie de la santé au Conservatoire national des Arts et Métiers, Elie Arié a milité pendant près de 40 ans au parti socialiste, puis au Mouvement Républicain et Citoyen (parti de Jean-Pierre Chevènement) où il fit partie du secrétariat national. Il est aujourd’hui membre du Conseil scientifique de la fondation Res Publica, le « think tank » de J-P. Chevènement.


La force sans la violence
Gene Sharp

Chacun croit savoir que la force armée est l’unique moyen pour empêcher la guerre, le terrorisme, la dictature, l’oppression, le génocide… Et si cette évidence a largement été mise à mal par Gandhi, Martin Luther King et autres prix Nobel de la Paix, chacun doit le savoir, ce ne sont là que de belles histoires à raconter aux enfants. Pourtant, depuis un siècle, et nous sommes là beaucoup plus sérieux, la lutte nonviolente a permis de résoudre un nombre important de graves conflits. Elle a fait ses preuves dans les circonstances les plus terribles, elle est venue à bout des plus grandes puissances militaires. Le travail de nombreux chercheurs a permis de comprendre le rôle incomparable d’une population qui, écrasée par la violence d’une dictature, d’une oppression ou d’une agression, se redresse et se met en marche avec une incroyable détermination. Pourtant, il ne suffit pas de descendre dans la rue par millions, la clé de la réussite, c’est aussi la stratégie, un exercice de haut vol qui ne s’improvise pas comme nous le montre ici l’auteur.

Gene Sharp est un politologue américain connu pour ses nombreux écrits sur la lutte non-violente. Il a été parfois surnommé le « Machiavel de la non-violence ».
Il est le fondateur de l’Albert Einstein Institution, une association sans but lucratif qui étudie et promeut la résistance non-violente dans le monde.


La Démondialisation
Jacques Sapir

Face à la crise globale du capitalisme, on voit désormais le FMI, des gouvernements ou des économistes célèbres brûler ce qu’ils ont adoré – le marché – et réhabiliter l’Etat qu’ils honnissaient. Nous vivons en fait l’amorce d’une « démondialisation ». L’histoire, la politique et les nations reprennent leurs droits avec le retour des Etats, que l’on disait naguère impuissants, et le recul des marchés, que l’on prétendait omniscients. Ce mouvement réveille de vieilles peurs. Et si cette démondialisation annonçait le retour au temps des guerres ? Ces peurs ne sont que l’autre face d’un mensonge qui fut propagé par ignorance et par intérêt. Non, la mondialisation ne fut pas, ne fut jamais « heureuse ». Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces… Mais, à la vérité, ce n’est qu’un mythe. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s’ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l’échange.

Dans ce fétichisme de la mondialisation, il y eut beaucoup de calculs et de mensonges. Il faut donc établir le vrai bilan de cette mondialisation – de ses apports et de ses méfaits – pour penser rigoureusement la phase suivante qui s’ouvre. Ce livre propose précisément les voies d’une démondialisation pensée et ordonnée par une nouvelle organisation du commerce et des relations financières internationales.
Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et à l’université de Moscou. 


LA PENSÉE CHRÉTIENNE FACE À LA MONDIALISATION NÉOLIBÉRALE
Loïc LaÎné

La croix, le globe et le marché
La mondialisation constitue un défi pour l’homme d’aujourd’hui et interroge la foi et la praxis chrétiennes. Face à l’effondrement des systèmes idéologiques, la pensée chrétienne peut en retour aider l’homme à mieux vivre dans l’espace-temps mondial et contribuer à une critique de la mondialisation libérale, à partir des Ecritures et de l’enseignement social de l’Eglise. L’Eglise a sans doute une occasion historique à saisir, en accompagnant le combat de toutes celles et ceux qui veulent humaniser la mondialisation.


Les luttes et les rêves
Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours

Michelle ZANCARINI-FOURNEL

1685, année terrible, est à la fois marquée par l’adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l’esclavage « à la française », et par la révocation de l’édit de Nantes, qui donne le signal d’une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d’une histoire de la France moderne et contemporaine, c’est vouloir décentrer le regard, choisir de s’intéresser aux vies de femmes et d’hommes « sans nom », aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs.
C’est cette histoire de la France « d’en bas », celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire de leurs luttes et de leurs rêves.
Pas plus que l’histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l’« Hexagone ». Les colonisés – des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l’Indochine – prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays.


Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes |  Srdja POPOVIC

Traduit de l’anglais par Françoise BOUILLOT

 
  Collection : Hors Collection / Payot
   
  Voici le livre des révolutions possibles, celles que nous pouvons faire, nous, les gens ordinaires. Il part d’un principe : si l’on veut lancer rapidement un mouvement de masse à l’époque d’Internet et de la société des loisirs, l’humour (et un peu de stratégie) est une « arme » de choix. Il s’appuie sur une expérience acquise dans près de cinquante pays aussi bien que sur les enseignements de Gandhi et du stratège Gene Sharp. Et il prend la voix exceptionnelle de Srdja Popovic, apôtre de la lutte non violente, qui fit tomber Milosevic, fut de toutes les « révolutions fleuries » (Géorgie, Liban, Ukraine, etc.), et est considéré comme « l’architecte secret » du printemps arabe. Il nous fait entrer dans les coulisses des événements historiques du XXIe siècle. Il raconte ce qui marche et comment ça marche. Il explique aussi pourquoi cela échoue parfois, comme en Ukraine ou en Chine. Son livre réconcilie avec l’action politique et montre combien il est crucial d’aller au bout des choses. Car il ne suffit pas de protester ou de faire la révolution, il faut aussi avoir une vision claire de ce qu’on fera de la liberté.

 

Srdja Popovic est né en 1973. Fan des Monthy Python, soutenu par Peter Gabriel, il a fondé le mouvement Otpor! qui permit en 2000 la chute de Milosevic. Depuis, on vient le consulter du monde entier. Pressenti en 2012 pour le prix Nobel de la paix, il dirige le Centre for Applied Non Violent Action and Strategies (Canvas) et enseigne depuis 2013 l’activisme politique non violent à la New York University.

     

André Comte-Sponville

Le Sexe ni la mort

« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement », écrit La Rochefoucauld. Cela fait au moins une différence avec le sexe : le regarder fixement, voilà ce que peu d’hommes et de femmes, de nos jours, s’interdisent ou redoutent. Pourquoi, s’agissant de sexualité, est-ce pourtant cette formule qui m’est venue, jusqu’à me fournir, ou peu s’en faut, mon titre ? Peut-être parce que l’essentiel, ici aussi, échappe au regard, ou l’aveugle, tout en continuant de le fasciner. Le sexe est un soleil ; l’amour, qui en vient, s’y réchauffe ou s’y consume.
Les mortels, disaient les Anciens pour distinguer les hommes des animaux et des dieux. Nous pourrions, tout autant, nous nommer les amants : non parce que nous serions les seuls à avoir des rapports sexuels, ni à aimer, mais parce que le sexe et l’amour, pour nous, sont des problèmes, qu’il faut affronter ou surmonter, sans les confondre ni les réduire l’un à l’autre. Cela définit au moins une partie de notre humanité : l’homme est un animal érotique. » André. Comte-Sponville.


 

 

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