Rentrée littéraire 2015, la 1ère cuvée de Livresse

Agnès DESARTHE :  Ce coeur changeant
Editions de l’Olivier, 336 pages, 19,50 €       

« Face à la vie, elle avait la même impression que lorsqu’elle regardait le paysage défiler par la fenêtre du train : si elle était dans le sens de la marche, le panorama semblait se jeter sur elle, et ses yeux affolés ne savaient à quel détail s’attacher ni quelle ligne suivre. Elle se sentait écrasée par l’image qui ne tenait pas en place, ne cessait de se transformer. Assise en sens inverse, elle retrouvait son calme et contemplait l’horizon jusqu’à sombrer dans le sommeil. Alors… alors, songeait-elle, peut-être pourrait-on dire que c’est la même chose lorsqu’on regarde soit en direction de l’avenir, soit vers le passé. Peut-être est-ce pour cela que j’ai tant besoin de mes souvenirs. »

Née à l’aube du XXe siècle, Rose débarque à Paris à 20 ans et se trouve projetée dans un univers totalement inconnu. L’affaire Dreyfus, puis la guerre de 14 éclatent. Les années folles se succèdent. Les bas-fonds, la vie de bohême, la solitude… Rose risque à tout moment de tomber.

Usant de toutes les ressources du romanesque, Agnès Desarthe mêle le murmure de l’intime et le souffle de l’Histoire dans ce grand livre baroque qui signe son retour à la fiction.

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Anne-Marie GARAT : La source
Editions Actes Sud, 384 pages, 21,80 €

Le point de vue des éditeurs : Venue au Mauduit, petit village de Franche-Comté, au motif officiel d’obtenir de la mairie l’autorisation, pour ses étudiants en sociologie, de consulter les archives communales de cette si banale petite bourgade française, la narratrice, hantée par la sombre énigme de son propre passé familial, ignore qu’elle va y faire une rencontre décisive en la personne de Lottie, solide et intimidante nonagénaire, désormais seule occupante de la vaste demeure des Ardenne, construction aussi baroque qu’extravagante édifiée sur des terres de mauvaise assise dans un méandre de la rivière qui coule en contrebas du bourg.

Soir après soir, la vieille dame qui, faute d’hôtel au village, accepte de loger la visiteuse, dévide pour elle l’histoire du domaine où elle est entrée comme bonne d’enfant à l’orée du xxe siècle. Mais faut-il la croire sur parole, elle qui dit n’être que la récitante des fantômes qui ont jadis habité ces murs, ou sont partis vers l’Afrique, le Tonkin ou les forêts du Yukon ? Et que faire du récit de cette conteuse acharnée qui, sans avoir jamais quitté sa campagne, rêve peut-être à haute voix quelque exotique roman de la filiation dont elle contraint la narratrice à devenir la dépositaire ?
Où les histoires prennent-elles source et où vont-elles une fois racontées ? La narratrice, écoutant la vieille Lottie, devine-t-elle en quoi celle-ci va éclairer son propre destin ?
Car les récits ni les contes ne sont d’inoffensives machines et leurs puissants sortilèges s’entendent à recomposer jusqu’à la matière même du temps.

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Boualem SANSAL :  2084  La fin du monde
Collection Blanche, Gallimard, 288 pages, 19,50 €

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.


Christian OSTER : Le coeur du problème
Editions de L’Oliver, 192 pages, 17

En rentrant chez lui, Simon découvre un homme mort au milieu du salon. Diane, sa femme, qui, selon toute vraisemblance, a poussé l’homme par-dessus la balustrade, lui annonce qu’elle s’en va.

Elle ne donnera plus de nouvelles. Simon, resté seul avec le corps, va devoir prendre les décisions qui s’imposent. C’est lors de sa visite à la gendarmerie que Simon rencontre Henri, un gendarme à la retraite amateur de tennis. Une relation amicale se noue. Mais Simon est sur la réserve ; chaque mot, chaque geste risque d’être sévèrement interprété. S’engage alors entre les deux hommes une surprenante partie d’échecs.


Christine ANGOT : Un amour impossible
Flammarion, 217 pages, 18 €

Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense à Châteauroux à la fin des années 1950. Pierre, érudit, issu d’une famille bourgeoise, fascine Rachel, employée à la Sécurité sociale. Refusant de l’épouser, il décide pourtant de lui faire un enfant, Christine, qu’il ne verra qu’épisodiquement. Rachel n’apprend que plus tard qu’il la viole depuis des années. Le choc est immense. Un sentiment de culpabilité larvé s’immisce progressivement entre la mère et la fille.

Christine Angot entreprend ici de mettre à nu une relation des plus complexes, entre amour inconditionnel pour la mère et ressentiment, dépeignant sans concession une guerre sociale amoureuse et le parcours de cette femme, détruite par ce péché originel : la passion vouée à l’homme qui aura finalement anéanti tous les repères qu’elle s’était construits.

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Delphine DE VIGAN : D’après une histoire vraie
Editions JC Lattès,  484 pages, 20.00 €

« Formidable, puissant, fin, redoutable, bluffant, troublant, vertigineux, machiavélique », les qualificatifs pleuvent sur le nouveau roman de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie.

Séduite, la presse fait l’éloge de ce roman qui parle du vrai et du faux, du réel et de la fiction. Un roman où on ne sait plus très bien qui manipule qui…

D’après une histoire vraie, la révélation de cette rentrée littéraire 2015.

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Gérard MORDILLAT : La brigade du rire
Editions Albin Michel, 528 pages, 22,50 €

Il y a Kowalski, dit Kol, né en colère. Betty, licenciée de l’imprimerie où elle travaillait. Dylan, prof d’anglais et poète. Les jumelles Dorith et Muriel, pour qui la vie est une fête permanente. L’Enfant-Loup, coureur et bagarreur. Suzana, infirmière en psychiatrie. Rousseau, beau gosse et prof d’économie. Hurel, industriel, lecteur de Marx et de Kropotkine. Isaac le rouquin, distributeur de films, et Victoria que personne n’attendait…

Constitués en « Brigade du rire », par jeu, ils kidnappent Pierre Ramut, l’éditorialiste vedette de Valeurs françaises, et, dans un bunker transformé en atelier, l’installent devant une perceuse à colonne. Forcé de travailler selon ce qu’il prescrit dans ses papiers hebdomadaires – semaine de 48h, salaire de 20% inférieur au SMIC, productivité maximum, travail le dimanche –, Ramut saura désormais de quoi il parle…

Dans une grande fresque tragi-comique, fidèle à son univers – Vive la sociale, Les Vivants et les Morts – Gérard Mordillat parle du monde d’aujourd’hui, de ses injustices, de ses luttes, de ceux qui refusent de se soumettre et se vengent d’un grand éclat de rire.

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Hubert HADDAD :  Corps désirable
Editions ZULMA,  176 pages,  16,50 €

C’est un sujet fascinant dont s’empare ici Hubert Haddad. Un célèbre neurochirurgien s’apprêterait à effectuer une greffe inouïe : transplanter la tête d’un homme sur le corps d’un autre…

Journaliste engagé, en lutte ouverte contre les trusts pharmaceutiques et les mafias de la finance, Cédric Allyn-Weberson vit avec Lorna une passion entière, charnelle, amoureuse. Jusqu’au jour où il se trouve confronté à une violence radicale, celle de perdre accidentellement l’usage de son corps. Se met alors en branle une machine infernale.

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Javier CERCAS :  L’imposteur
Editions Actes Sud, 416 pages, 23,50 €

Icône nationale antifranquiste, symbole de l’anarcho-syndicalisme, emblème de la puissante association des parents d’élèves de Catalogne, président charismatique de l’Amicale de Mauthausen, qui pendant des décennies a porté la parole des survivants espagnols de l’Holocauste, Enric Marco s’est forgé l’image du valeureux combattant de toutes les guerres justes. En juin 2005, un jeune historien met au jour l’incroyable imposture : tel un nouvel Alonso Quijano, qui à cinquante ans réinvente sa vie pour devenir Don Quichotte, Enric Marco a bâti le plus stupéfiant des châteaux de cartes ; l’homme n’a jamais, en vérité, quitté la cohorte des résignés, prêts à tous les accommodements pour seulement survivre. L’Espagne d’affronter sa plus grande imposture, et Javier Cercas sa plus audacieuse création littéraire.
L’Imposteur est en effet une remarquable réflexion sur le héros, sur l’histoire récente de l’Espagne et son amnésie collective, sur le business de la “mémoire historique”, sur le mensonge (forcément répréhensible, parfois nécessaire, voire salutaire ?), sur la fonction de la littérature et son inhérent narcissisme, sur la fiction qui sauve et la réalité qui tue.
Si, à l’instar de Flaubert, Javier Cercas clame “Enric Marco, c’est moi !”, le tour de force de ce roman sans fiction saturé de fiction est de confondre un lecteur enferré dans ses propres paradoxes. Qui n’est pas Enric Marco, oscillant entre vérités et mensonges pour accepter les affres de la vie réelle ? À un degré certes moins flamboyant que celui de ce grand imposteur, chacun ne s’efforce-t-il pas de façonner sa légende personnelle ?


Jeanne BENAMEUR :  Otages intimes
Editions Actes Sud,  208 pages, 18,80 €

Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

 

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Jessie BURTON : Miniaturiste
Collection Du monde entier, Gallimard, 512  pages, 22,90 €

Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, il est l’un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison des Brandt, faisant tomber les masques de ceux qui l’habitent et mettant au jour de dangereux secrets.
S’inspirant d’une maison de poupée d’époque exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam, Jessie Burton livre ici un premier roman qui restitue avec précision l’ambiance de la ville à la fin du XVIIesiècle. Au sein de ce monde hostile, où le pouvoir des guildes le dispute à l’intransigeance religieuse et à la rigueur morale, la jeune Nella apparaît comme une figure féminine résolument moderne. Œuvre richement documentée et conte fantastique, Miniaturiste est un récit haletant et puissant sur la force du destin et la capacité de chacun à déterminer sa propre existence.


Marie COSNAY :  CORDELIA LA GUERRE
Editions de L’Ogre, 368 pages, 21 €

Cordelia la guerre s’ouvre sur la découverte, dans une zone frontalière, d’une Cadillac accidentée, auxquels sont liés de mystérieux rubis et une femme amnésique. Elle entraîne Ziad, Zelda et Durruty dans une enquête policière banale. Parallèlement, dans un temps et un lieu qui semblent similaires, la trame du Roi Lear se met en place et se mêle de plus en plus à l’intrigue initiale sans qu’un lien puisse être, dans un premier temps, établi. La tragédie shakespearienne est ici relue par le prisme d’une intrigue politico-mafieuse où se mêlent migration, trafic et lutte pour le contrôle du territoire.
L’enquête elle-même disparaît, comme emportée par la guerre, ne refaisant surface que de manière intermittente. La guerre sourde, celle de la succession et des territoires que mènent Cordelia, Réjane et Gonéril – les filles de Lear – et Gabrielle – la fille du Grec, qui conduit une armée de déshérités –, masque celle qui hurle au loin opposant le Nord est le Sud.
La géographie mise en place par Marie Cosnay est à la fois familière et étrange, à la fois contemporaine et universelle : une fourche bordée par la mer, les forêts, les promontoires et les architectures urbaines – nous pourrions être à Calais ou à Lampedusa, tant la sensation de frontière est forte. Au milieu de cette ville, un fleuve en crue qui change de couleur à mesure qu’il grossit. Chaque espace est le siège possible d’une révolte, d’une métamorphose. Les personnages qui les habitent sont à la fois acteurs et spectateurs, emportés par la guerre, aux prises avec la mutation géographique et politique de leur environnement, ils se perdent, se raccrochent à l’enquête, aux héros qui émergent et qui dans la poussière des combats semblent leur indiquer un avenir possible.
Cordelia la Guerre est un roman en feu, qui, comme la géographie dans laquelle il se déploie, emporte tout sur son passage. La langue de Marie Cosnay est dense, tendue, tour à tour sèche et hallucinée. Elle déborde le réel, comme en crue, et, dans les failles qu’elle crée, surgissent des mythes anciens, des femmes soldats, des hiboux et des chevelures en feu. Marie Cosnay ne cesse de jouer avec l’envie que nous avons de comprendre les événements, d’atteindre une hypothétique vérité. Cordelia la Guerre est un roman multiple, à la fois épique, policier, contemporain et mythologique.

Cordelia la Guerre est habité par une forme d’urgence, il faut prendre en note, raconter la guerre, l’enquête, ne pas s’attarder, restituer le trouble qui entache tout ce qui se déroule sous nos yeux. Il s’agit de rendre compte, au plus vite, coûte que coûte, et tant pis si les faits ne sont pas toujours précis ou si les motivations de certains personnages restent opaques. On n’a pas le temps, il s’agit d’avancer, de raconter, de survivre. Il nous emmène dans un tourbillon dont le souffle met au jour la matière d’un monde qui s’effondre. C’est en réalité notre contemporain qui se joue sous nos yeux, et Marie Cosnay en révèle toute la densité sociale et politique.
C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la langue de Marie Cosnay, au-delà de sa beauté, puisqu’à la différence d’autres œuvres épiques, le lecteur n’est pas spectateur, mais quasiment acteur de l’aventure. Le dispositif mis en place dans Cordelia, le fait que les thèmes abordés soient profondément ancrés dans notre réel (flux migratoire, capitalisme) et la richesse poétique de sa langue, donne au lecteur le sentiment de participer à l’intrigue.
Voilà, entre autres, ce que fait la langue, cette langue si étrange par moments. Elle interroge notre position, notre réel et recrée en nous le sentiment de l’urgence politique et du trouble. L’univers se délite, et il est impossible de savoir par quel bout nous pouvons commencer à réparer le monde.

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Mathias ENARD : Boussole
Editions Actes Sud, 400 pages, 21,80 €

La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche – Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran… –, mais aussi questionnant son amour impossible avec l’idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l’attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, Boussole est un voyage et une déclaration d’admiration, une quête de l’autre en soi et une main tendue – comme un pont jeté entre l’Occident et l’Orient, entre hier et demain, bâti sur l’inventaire amoureux de siècles de fascination, d’influences et de traces sensibles et tenaces, pour tenter d’apaiser les feux du présent.

Mathias Enard Photo Mathias Enard Livre


Nathalie DÉMOULIN : Les bâtisseurs de l’oubli
Editions Actes Sud, 208 pages,  18,80 €

Sur les vestiges des cités antiques, Marc Barca a, depuis son rapatriement d’Algérie, et durant cinq décennies, édifié, de La Grande-Motte à Sète, un empire de béton gagné sur un delta toujours plus menacé par les eaux montantes de la Méditerranée.
En ce jour de Saint-Sylvestre 2012, ce Titan vieillissant peut désormais méditer sur cette oeuvre imposante et chimérique, secrètement née de l’arrachement à la terre natale, et qui lui a valu de partager des années heureuses avec sa compagne, la belle Hélène.
Dans le même temps la fille de celle-ci, Rachel, en compagnie des musiciens de son modeste groupe de rock, fait route vers une soirée de concert privée, consciente que la désillusion envahit son rêve de carrière artistique autant qu’elle a anéanti ses amours avec Malek, le jeune père de son enfant.
Conjuguées mais distinctes, les voix de ces personnages intérieurement fracassés viennent tour à tour percuter le mythe des success-stories, l’ardente et pure exaltation des grandes espérances, pour faire surgir, sauvage et chaotique, le véritable paysage que chacun d’entre eux porte en lui et tente de rendre habitable sur les rives d’une Méditerranée qui, aujourd’hui comme hier, ne cesse de résonner de la plainte des errants, des bannis ou des réprouvés.
À travers le personnage solaire et prométhéen d’un homme habité du désir de créer une beauté nouvelle en façonnant concrètement un monde à l’image de ses rêves, Nathalie Démoulin rend un hommage inspiré à tous les aventuriers de l’existence dont un exil, réel ou intérieur, corrompt, avant même que le Temps ne fasse son oeuvre, les constructions vulnérables.


Toni MORRISON :  Délivrances
Christian Bourgeois Editeur, 200 pages, 18 €

Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes.
Au centre du récit, une jeune femme qui se fait appeler Bride. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Au fil des ans et des rencontres, elle connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge – à autrui ou à elle-même – et du fardeau de l’humiliation, elle saura, comme les autres, se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité.

 » Rusé, sauvage, et élégant… Toni Morrison distille des éléments de réalisme et d’hyperréalisme dans un chaos magique, tout en maintenant une atmosphère narrative séductrice et poétique, voire toxique… Une fois encore, Toni Morrison déploie une écriture courageuse et sensuelle qui fait d’elle, sans doute, la plus grande romancière contemporaine. » Lisa Shea, Elle


D’autres sélections de votre Librairie Livresse vous seront présentées au fil des prochaines dégustations…

 

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